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	<title>Padre Raniero Cantalamessa &#187; Spiritualité</title>
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		<title>LE RENOUVEAU CHARISMATIQUE CATHOLIQUE, UN COURANT DE GRACE POUR TOUTE L&#039;ÉGLISE</title>
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		<pubDate>Sat, 08 Jun 2019 12:38:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>suorchiara</dc:creator>
				<category><![CDATA[Spiritualité]]></category>

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		<description><![CDATA[Rome, salle Paul VI, 8 juin 2019 Inauguration du service de CHARIS Je pars de la conviction &#8211; que nous partageons tous et que le pape François a souvent répétée &#8211; que le Renouveau charismatique catholique (RCC) est « un courant de grâce pour toute l’Église ». Si le RCC est un courant de grâce[...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Rome, salle Paul VI, 8 juin 2019</p>
<p>Inauguration du service de CHARIS</p>
<p>Je pars de la conviction &#8211; que nous partageons tous et que le pape François a souvent répétée &#8211; que le Renouveau charismatique catholique (RCC) est « un courant de grâce pour toute l’Église ». Si le RCC est un courant de grâce pour toute l’Église, nous avons alors le devoir de comprendre &#8211; et d’expliquer à l’Église &#8211; en quoi il consiste précisément, pourquoi il est destiné à toute l’Église et pourquoi il lui est nécessaire. Expliquer, en bref, ce que nous sommes et ce que nous offrons – mieux, ce que Dieu offre &#8211; à l&#8217;Église avec ce courant de grâce.<br />
Jusqu&#8217;à présent, nous n&#8217;avons pas été en mesure &#8211; et nous ne pouvions pas l’être &#8211; de dire de façon claire ce qu&#8217;est le Renouveau charismatique. Il est en effet nécessaire de faire l&#8217;expérience d&#8217;une forme de vie avant de pouvoir la définir. Cela a toujours été le cas dans le passé, à l&#8217;occasion de l&#8217;apparition de nouvelles formes de vie chrétienne. Les mouvements et ordres religieux qui naissent avec tout un tas de règles et de constitutions minutieusement établies dès le début, qu’il faut mettre en pratique comme un protocole à suivre, sont bien pauvres. C&#8217;est la vie qui, au fur et à mesure qu’elle progresse, acquiert une physionomie et se donne une règle, comme le fleuve qui, à mesure qu&#8217;il avance, creuse son lit.<br />
Il faut reconnaître que jusqu&#8217;à présent, nous avons donné à l&#8217;Église toutes sortes d’idées et de représentations du Renouveau charismatiques parfois contradictoires. Il suffirait de faire une petite enquête auprès de ceux qui vivent en dehors du Renouveau, pour se rendre compte de la confusion qui règne autour de son identité.<br />
Pour certains, il s&#8217;agit d&#8217;un mouvement « d’excités » semblable aux mouvements « excités et illuminés » du passé, le peuple des Alléluia, aux mains levées, qui prie et chante dans une langue incompréhensible, un phénomène &#8211; tout compte fait &#8211; émotionnel et superficiel. Je peux le dire en connaissance de cause, car j’ai été, moi aussi, pendant quelque temps, de ceux qui le pensaient. D&#8217;autres identifient le Renouveau à ceux qui font des prières de guérison et pratiquent des exorcismes ; pour d&#8217;autres encore, il s&#8217;agirait d&#8217;une « infiltration » protestante et pentecôtiste dans l&#8217;Église catholique. Dans le meilleur des cas, on perçoit le Renouveau charismatique comme une réalité sur laquelle on peut compter pour beaucoup de choses dans la paroisse, mais dans laquelle il vaut mieux ne pas s&#8217;impliquer. Comme quelqu&#8217;un disait un jour, on aime les fruits du Renouveau, mais pas l&#8217;arbre.<br />
Après 50 ans de vie et d&#8217;expérience, et à l&#8217;occasion de l&#8217;inauguration du nouvel organisme de services qu&#8217;est CHARIS, le moment est peut-être venu d&#8217;essayer de faire une relecture de cette réalité et d’en donner une définition, que l’on ne pourra bien sûr pas considérer comme définitive, son chemin étant tout sauf achevé.<br />
Je crois que l’essence de ce courant de grâce est contenue, de manière providentielle, dans son nom « Renouveau charismatique », à condition de comprendre le vrai sens de ces deux mots. C’est ce que je propose de faire, en consacrant la première partie de mon intervention au substantif « Renouveau » et la seconde à l’adjectif « charismatique ».</p>
<p>PREMIÈRE PARTIE : « RENOUVEAU »</p>
<p>Il est nécessaire de poser un principe général pour comprendre la relation qu’il y a entre le nom « renouveau » et l&#8217;adjectif « charismatique », et ce que chacun d’entre eux représente.<br />
Dans la Bible, il apparaît clairement que l’Esprit Saint travaille de deux manières de travailler. Il y a avant tout la manière que nous pouvons appeler charismatique. Elle consiste dans le fait que l’Esprit de Dieu descend sur certaines personnes, dans des circonstances particulières, et leur confère des dons et des capacités qui sont au-delà de la portée humaine, pour s’acquitter de la tâche que Dieu attend d’elles.<br />
La caractéristique de cette manière de faire de l’Esprit de Dieu est qu’il se donne à une personne, non pour elle-même, ni pour la rendre plus agréable à Dieu, mais plutôt pour le bien de la communauté, pour le service. Certains de ceux qui reçoivent ces dons dans l&#8217;Ancien Testament finiront par mener une vie bien loin d’être conforme à la volonté de Dieu.<br />
Ce n&#8217;est que dans un deuxième temps, en pratique après l&#8217;exil, qu’on commence à parler d’une manière différente d’agir de l&#8217;Esprit de Dieu, une manière que l’on nommera plus tard l&#8217;action sanctifiante de l&#8217;Esprit (2 Th 2, 13). C’est dans le psaume 51 que, pour la première fois, l&#8217;Esprit est défini comme « saint » : « ne me retire pas ton Esprit Saint ». Le témoignage le plus clair en est la prophétie d&#8217;Ézéchiel 36, 26-27 :<br />
Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau, j’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit, je ferai que vous marchiez selon mes lois, que vous gardiez mes préceptes et leur soyez fidèles.<br />
La nouveauté de cette manière d’agir de l’Esprit est qu’il descend sur une personne, y demeure et la transforme de l’intérieur, en lui donnant un cœur nouveau et une capacité nouvelle d’observer la Loi. Plus tard, la théologie appellera la première manière d’agir de l’Esprit « gratia gratis data », don gratuit, et la seconde « gratia gratum faciens », grâce qui rend agréable à Dieu.<br />
Passant de l&#8217;Ancien au Nouveau Testament, cette double façon d&#8217;agir de l&#8217;Esprit devient encore plus claire. Il suffit de lire d&#8217;abord le chapitre 12 de la première Lettre aux Corinthiens où l’Apôtre parle de chaque type de charisme, puis de passer au chapitre suivant, le 13, qui parle d&#8217;un don unique, égal et nécessaire à tous, la charité. Cette charité est « l&#8217;amour de Dieu répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint » (Rm 5, 5), « l&#8217;amour » &#8211; tel que le définit saint Thomas d&#8217;Aquin – « dont Dieu nous aime et avec lequel il nous rend capables de l’aimer, lui, et d’aimer nos frères  ».<br />
Paul voit la relation entre l&#8217;œuvre sanctifiante de l&#8217;Esprit et son action charismatique comme la relation qu’il y a entre l&#8217;être et l&#8217;agir et comme la relation qui existe entre l&#8217;unité et la diversité dans l&#8217;Église. L&#8217;action sanctifiante concerne l&#8217;être du chrétien, les charismes concernent l&#8217;agir, ils sont pour le service (1 Co 12, 7 ; 1 P 4, 10) ; la première constitue le fondement de l&#8217;unité de l&#8217;Église, les seconds la variété de ses fonctions. À ce sujet, il suffit de lire Ephésiens 4, 4-13. L’Apôtre y expose d’abord ce qui fonde l’être du chrétien et l’unité de tous les croyants : un seul corps, un seul Esprit, un seul Seigneur, une seule foi, pour parler ensuite de « la grâce […] donnée selon la mesure du don fait par le Christ » : apôtres, évangélistes, maîtres &#8230;<br />
L&#8217;Apôtre ne se cantonne pas à mettre en évidence les deux manières d’agir de l&#8217;Esprit, mais il affirme également la priorité absolue de l&#8217;action sanctifiante sur l&#8217;action charismatique. L’agir dépend de l&#8217;être (agere sequitur esse), et non l&#8217;inverse. Paul passe en revue la majorité des charismes &#8211; parler toutes les langues, avoir le don de prophétie, connaître tous les mystères, distribuer tous ses biens aux pauvres &#8211; et conclut que, sans la charité, ils ne seraient d&#8217;aucune utilité pour ceux qui les exercent, même s&#8217;ils peuvent bénéficier à ceux qui les reçoivent.<br />
Il est vrai que le charisme n&#8217;est pas donné à cause ou en vue de la sainteté d&#8217;une personne, mais il est également vrai qu&#8217;il ne se garde pas sain, qu&#8217;il se corrompt et finit par causer des dommages s&#8217;il ne repose pas sur le fondement d&#8217;une sainteté personnelle. Rappeler la priorité de l’œuvre sanctifiante de l’Esprit sur l’œuvre charismatique est la contribution spécifique que le RCC peut apporter aux mouvements évangélique et pentecôtiste, lesquels eurent eux-mêmes, parmi leurs racines, ce qu’on a appelé le « mouvement de sainteté » (Holiness movement).<br />
Tout ce que j&#8217;ai dit de l&#8217;action renouvelante et sanctifiante de l&#8217;Esprit se trouve dans le substantif « Renouveau ». Pourquoi précisément ce terme ? Pourquoi appelons-nous « séminaire de la vie nouvelle dans l&#8217;Esprit » l&#8217;instrument avec lequel nous nous sommes préparés à recevoir le baptême dans l&#8217;Esprit ? L&#8217;idée de nouveauté accompagne du début jusqu’à la fin la révélation de l&#8217;action sanctifiante de l&#8217;Esprit. Déjà en Ezéchiel on parle d&#8217;un « esprit nouveau ». Jean parle de « naître de nouveau de l&#8217;eau et de l&#8217;Esprit » (Jn 3, 5). Mais c&#8217;est surtout saint Paul qui voit dans cette « nouveauté » ce qui caractérise toute « l’Alliance nouvelle » (2 Co 3, 6). Il définit le croyant comme étant un « homme nouveau » (Ep 2, 15 ; 4, 24) et le baptême comme ce qui « nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l&#8217;Esprit Saint. » (Tt3, 5)<br />
Ce qu’il faut préciser d’emblée, c’est que cette vie nouvelle, c’est la vie que le Christ nous apporte. C&#8217;est lui qui, en ressuscitant d’entre les morts, nous a donné la possibilité, grâce à notre baptême, de « mener une vie nouvelle » (Rm 6, 4). Elle est donc don, avant d&#8217;être devoir, un « fait » avant d’être une « marche à suivre ». Sur ce point, nous avons besoin d’une révolution copernicienne dans la mentalité courante du croyant catholique (pas dans la doctrine officielle de l’Eglise !) et c’est l’une des contributions les plus importantes que le Renouveau charismatique puisse apporter &#8211; et a déjà partiellement apporté &#8211; à la vie de l&#8217;Église. Pendant des siècles, on a beaucoup insisté sur la morale, sur le devoir, sur ce qu’il fallait faire pour gagner la vie éternelle, renverser la relation et placer le devoir avant le don, faisant de la grâce l’effet, et non la cause, de nos bonnes œuvres.<br />
Le Renouveau charismatique, concrètement le baptême dans l&#8217;Esprit, a opéré en moi cette révolution copernicienne dont je parlais, et c’est pour cela que je suis intimement convaincu qu&#8217;il peut opérer de même dans toute l&#8217;Église. Et c&#8217;est la révolution dont dépend la possibilité de ré-évangéliser le monde postchrétien. La foi s&#8217;épanouit en présence du kérygme, et non en présence de la didaché, c&#8217;est-à-dire pas en présence de la théologie, de l&#8217;apologétique, de la morale. Ces choses sont nécessaires pour « former » la foi et la mener à la perfection de la charité, mais je ne suis pas en mesure de la générer.  Le christianisme, à la différence des autres religions, ne commence pas par dire aux hommes ce qu&#8217;ils doivent faire pour se sauver ; il commence en leur disant ce que Dieu a fait, en Jésus-Christ, pour les sauver. C&#8217;est la religion de la grâce.<br />
De cette manière, nous ne risquons pas de tomber dans le « quiétisme », en oubliant notre engagement à acquérir des vertus. L’Écriture et l’expérience ne laissent aucune issue sur ce point : le signe le plus certain de la présence de l’Esprit du Christ, ce ne sont pas les charismes, mais les « fruits de l’Esprit ». Le RC doit plutôt se méfier d&#8217;un autre danger, celui que saint Paul reprochera aux Galates et qui est « de finir par la chair après avoir commencé par l&#8217;Esprit » (cf. Ga 3, 3), c&#8217;est-à-dire de revenir à un vieux légalisme et moralisme qui serait l&#8217;antithèse parfaite de ce que l&#8217;on entend par « Renouveau ». Il existe en effet aussi le danger opposé de faire de la liberté « un prétexte pour votre égoïsme » (Ga 5, 13), mais il est plus facilement reconnaissable.<br />
En quoi consiste la vie nouvelle dans l&#8217;Esprit<br />
Mais le moment est venu maintenant d’entrer davantage dans le concret et de voir en quoi consiste la vie nouvelle dans l&#8217;Esprit, comment elle se manifeste, et donc en quoi consiste le vrai « Renouveau ». Nous nous appuyons sur saint Paul et plus précisément sur sa Lettre aux Romains, car c’est là qu’en sont exposés, presque comme un programme, les éléments qui le constituent.</p>
<p>Une vie vécue selon la loi de l&#8217;Esprit<br />
La vie nouvelle est avant tout une vie vécue « dans la loi de l&#8217;Esprit ».<br />
Ainsi, pour ceux qui sont dans le Christ Jésus, il n&#8217;y a plus de condamnation. Car la loi de l&#8217;Esprit qui donne la vie dans le Christ Jésus t&#8217;a libéré de la loi du péché et de la mort. (Rm 8, 1-2)<br />
On ne peut comprendre l&#8217;expression « loi de l&#8217;Esprit » qu’à partir de l&#8217;événement de la Pentecôte. Dans l&#8217;Ancien Testament, il y avait deux interprétations fondamentales de la fête de la Pentecôte. Au début, la Pentecôte était la fête de la Récolte (cf. Nb 28, 26s.), quand on offrait à Dieu les prémices du grain (cf. Ex 23, 16 ; Dt 16, 9). Mais plus tard et certainement du temps de Jésus, la fête s&#8217;était enrichie d&#8217;un nouveau sens. C&#8217;était la fête qui rappelait la remise de la Loi au mont Sinaï et l&#8217;alliance établie entre Dieu et son peuple ; la fête, en bref, qui commémorait les événements décrits dans Ex 19-20. « Ce jour de la fête des Semaines &#8211; dit un texte de l&#8217;actuelle liturgie juive de la Pentecôte (Shavuot) &#8211; est le temps du don de notre Torah ».<br />
Il semble que saint Luc ait volontairement décrit la descente du Saint-Esprit avec les traits qui ont caractérisé la théophanie du Sinaï ; en effet, il emploie des images qui rappellent celles du tremblement de terre et du feu. La liturgie de l&#8217;Église confirme cette interprétation, puisqu&#8217;elle inclut Ex 19 dans les lectures de la vigile de la Pentecôte.<br />
Que nous dit de notre Pentecôte cette juxtaposition ? Que signifie, en d&#8217;autres termes, le fait que le Saint-Esprit descende sur l&#8217;Église précisément le jour où Israël faisait mémoire du don de la Loi et de l&#8217;alliance ? Saint Augustin se posait déjà cette question et y a donné la réponse suivante. Cinquante jours après l&#8217;immolation de l&#8217;agneau en Égypte, sur le mont Sinaï, le doigt de Dieu écrivit la loi de Dieu sur des tables de pierre, et voici que cinquante jours après l&#8217;immolation du véritable Agneau de Dieu qu’est le Christ, de nouveau le doigt de Dieu, le Saint-Esprit, écrit la Loi ; mais cette fois, non pas sur des tables de pierre, mais sur les tables de chair des cœurs .<br />
Cette interprétation se fonde sur l&#8217;affirmation de Paul qui définit la communauté de la nouvelle alliance comme une « lettre du Christ, produite par notre ministère, écrite non pas avec de l&#8217;encre, mais avec l&#8217;Esprit du Dieu vivant, non pas, […] sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur vos cœurs. » (2 Co 3, 3)<br />
Tout à coup, les prophéties de Jérémie et d’Ézéchiel sur l’alliance nouvelle s’illuminent : « Mais voici quelle sera l&#8217;Alliance que je conclurai avec la maison d&#8217;Israël quand ces jours-là seront passés &#8211; oracle du Seigneur. Je mettrai ma Loi au plus profond d&#8217;eux-mêmes ; je l&#8217;inscrirai sur leur cœur. » (Jr 31, 33) Non plus sur des tables de pierre, mais sur les cœurs ; non plus une loi extérieure, mais une loi intérieure.<br />
Comment cette loi nouvelle qu&#8217;est l&#8217;Esprit agit-elle de manière concrète, et dans quel sens peut-on dire que c’est une « loi » ? Elle agit par amour ! La loi nouvelle est ce que Jésus appelle le « commandement nouveau » (Jn 13, 34). Le Saint-Esprit a inscrit la loi nouvelle dans nos cœurs, en y insufflant l&#8217;amour : « L&#8217;amour de Dieu a été déversé en nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné » (Rm 5, 5). Saint Thomas nous a expliqué que cet amour est l&#8217;amour dont Dieu nous aime et dont, en même temps, il nous assure que nous pouvons L&#8217;aimer et aimer notre prochain. C&#8217;est une capacité nouvelle à aimer qui nous est ainsi offerte.<br />
Il y a deux manières d’amener l&#8217;homme à faire ou à ne pas faire certaines choses, soit par contrainte, soit par attraction ; c’est la loi extérieure qui l&#8217;y pousse dans le premier cas, par contrainte, sous la menace de la punition ; l&#8217;amour l&#8217;y pousse dans le deuxième, par attraction. Chacun en effet est attiré par ce qu&#8217;il aime, sans subir aucune contrainte extérieure. La vie chrétienne se vit par attraction, et non par contrainte, par amour, et non par peur.</p>
<p>Une vie d’enfants de Dieu<br />
Deuxièmement, la vie nouvelle dans l&#8217;Esprit est une vie d&#8217;enfants de Dieu. L&#8217;Apôtre écrit encore :<br />
« Tous ceux qui se laissent conduire par l&#8217;Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. Vous n&#8217;avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; et c&#8217;est en lui que nous crions &laquo;&nbsp;Abba !&nbsp;&raquo;, c&#8217;est-à-dire : Père ! C&#8217;est donc l&#8217;Esprit Saint lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de       Dieu. » (Rm 8, 14-16)<br />
C&#8217;est une idée centrale du message de Jésus et de tout le Nouveau Testament. Grâce au baptême qui nous a greffés sur le Christ, nous sommes devenus des enfants dans le Fils. Que peut alors apporter le Renouveau charismatique dans ce domaine ? Une chose très importante, à savoir la découverte et la prise de conscience existentielle de la paternité de Dieu qui en a fait fondre en larmes plus d’un au moment du baptême dans l’Esprit. Nous sommes enfants de droit par le baptême, mais nous le devenons de fait grâce à une action du Saint-Esprit qui se poursuit dans notre vie.<br />
Le sentiment filial naît. Dieu, de maître, devient père. C&#8217;est le moment radieux où l&#8217;on s&#8217;exclame, pour la première fois, avec tout l’élan du cœur : « Abba, mon Père ! » C&#8217;est l&#8217;un des effets les plus fréquents du baptême dans l&#8217;Esprit. Je me souviens d’une dame âgée de Milan qui, après avoir reçu le baptême dans l’Esprit, allait dire à tous ceux qu’elle rencontrait dans son groupe : « Je me sens comme une enfant, je me sens comme une enfant ! J&#8217;ai découvert que Dieu est mon papa ! » Faire l&#8217;expérience de la paternité de Dieu signifie faire l&#8217;expérience de son amour infini et de sa miséricorde.</p>
<p>Une vie dans la Seigneurie du Christ<br />
Enfin, la vie nouvelle est une vie dans la Seigneurie du Christ. L&#8217;Apôtre écrit :<br />
« En effet, si de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur, si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l&#8217;a ressuscité d&#8217;entre les morts, alors tu seras sauvé. »  (Rm 10, 9)<br />
Et de nouveau un peu plus loin dans la même Lettre :<br />
« En effet, aucun d&#8217;entre nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même : si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Ainsi, dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Seigneur. Car, si le Christ a connu la mort, puis la vie, c&#8217;est pour devenir le Seigneur et des morts et des vivants. » (Rm 14, 7-9)<br />
Cette connaissance particulière de Jésus est l&#8217;œuvre du Saint-Esprit : « Personne n&#8217;est capable de dire : &laquo;&nbsp;Jésus est Seigneur&nbsp;&raquo; sinon dans l&#8217;Esprit Saint. » (1 Co 12, 3) Le cadeau le plus évident que j&#8217;ai reçu à l&#8217;occasion de mon baptême dans l&#8217;Esprit a été la découverte de la Seigneurie du Christ. Jusque-là, j&#8217;étais un érudit en Christologie, je donnais des cours et j’écrivais des livres sur les doctrines christologiques anciennes ; le Saint-Esprit m&#8217;a fait passer de la christologie au Christ. Quelle émotion quand j’ai entendu au stade de Kansas City en juillet 1977, 40 000 croyants de diverses confessions chrétiennes chanter : “He is Lord, He is Lord. He’s risen from the dead and He is Lord. Every knee shall bow and every tongue confess that Jesus Christ is Lord”. « Jésus-Christ est Seigneur. Il est sorti du tombeau, Il est Seigneur. Tout genou fléchira, toute langue confessera que Jésus est Seigneur. » Pour moi, encore observateur extérieur du Renouveau, ce chant avait des résonnances cosmiques, remettant en question ce qui est au ciel, sur terre et sous la terre. Pourquoi ne pas renouveler, en une occasion comme celle-ci, cette expérience et proclamer ensemble, par ce chant, la Seigneurie du Christ &#8230; ? Que ceux qui le connaissent le chantent en anglais &#8230;<br />
Qu’y a-t-il de particulier, dans la proclamation de Jésus comme Seigneur, qui la rende si différente et décisive ? C&#8217;est qu&#8217;il ne s’agit pas là seulement d’une profession de foi, mais de prendre une décision personnelle. Celui qui la prononce décide du sens de sa vie. C&#8217;est comme s&#8217;il disait : « Tu es mon Seigneur ; je me soumets à toi, je te reconnais librement comme mon Sauveur, mon Chef, mon Maître, celui qui a tous les droits sur moi. Je te cède volontiers les rênes de ma vie ».<br />
Cette redécouverte lumineuse de Jésus comme Seigneur est peut-être la plus belle grâce que, de nos jours, Dieu a accordée à son Église par l&#8217;intermédiaire du RC. Au début, la proclamation de Jésus comme Seigneur (Kyrios) était, pour l’évangélisation, ce qu’est le soc pour la charrue, cette sorte d’épée qui s’enfonce dans le sol pour permettre à la charrue de tracer le sillon. Malheureusement, sur ce point, un changement s&#8217;est opéré dans le passage du milieu juif au milieu grec. Dans le monde juif, le titre Adonaï, Seigneur, suffisait à lui seul à proclamer la divinité du Christ. Et c’est avec lui que, le jour de la Pentecôte, Pierre proclame Jésus-Christ au monde : « Que toute la maison d&#8217;Israël le sache donc avec certitude : Dieu l&#8217;a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié. » (Ac 2, 36)<br />
Dans la prédication aux païens, ce titre n&#8217;était plus suffisant. Beaucoup, à commencer par l&#8217;empereur romain, se faisaient appeler seigneurs. L&#8217;Apôtre le remarque avec tristesse : « Il y a une quantité de &laquo;&nbsp;dieux&nbsp;&raquo; et de &laquo;&nbsp;seigneurs&nbsp;&raquo;, pour nous, au contraire, il n&#8217;y a […] qu&#8217;un seul Seigneur, Jésus Christ » (1 Co 8, 5-6). Déjà au III° siècle, le titre de Seigneur n&#8217;est plus compris dans son sens kérygmatique ; il est considéré comme le titre propre de ceux qui sont encore au stade de « serviteur » et de la peur, inférieur donc au titre de Maître qui est le propre du « disciple » et de l&#8217;ami . On continue certes de parler de Jésus « Seigneur », mais c&#8217;est devenu un titre comme les autres, et ainsi plus souvent l&#8217;un des éléments du nom complet du Christ : « Notre Seigneur Jésus-Christ ». Mais une chose est de dire « notre Seigneur Jésus-Christ » et une autre de dire : « Jésus-Christ est notre Seigneur ! » (avec le point d’exclamation).<br />
Où se situe dans tout cela le saut qualitatif que le Saint-Esprit nous fait faire dans la connaissance de Christ ? Dans le fait que proclamer que Jésus est le Seigneur est la porte qui mène à la connaissance du Christ ressuscité et vivant ! Non plus un Christ personnage, mais personne ; non plus un ensemble de thèses, de dogmes (et d&#8217;hérésies correspondantes), non plus simplement objet de culte et de mémoire, mais réalité vivante dans l&#8217;Esprit. Il y a entre ce Jésus vivant et celui des livres et des discussions savantes à son sujet la même différence qu&#8217;entre le vrai ciel et un ciel dessiné sur une feuille de papier. Si nous voulons que la nouvelle évangélisation ne reste pas un vœu pieux, nous devons remettre le « soc » devant la charrue, le kérygme avant la parénèse.<br />
L’expérience commune de la Seigneurie du Christ est également ce qui pousse davantage les chrétiens à l’unité, ce que nous constatons également ici entre nous. Une des tâches prioritaires de CHARIS, selon les indications reçues du Saint-Père, consiste précisément à promouvoir par tous les moyens cette unité entre tous les croyants en Christ, dans le respect mutuel de leur identité.<br />
Un courant de grâce pour toute l&#8217;Eglise<br />
Je crois qu’à ce stade, nous comprenons bien pourquoi nous disons que le Renouveau charismatique est un courant de grâce pour toute l’Église. Tout ce que la Parole de Dieu nous a révélé sur la vie nouvelle en Christ &#8211; une vie vécue selon la loi de l&#8217;Esprit, une vie en enfants de Dieu et une vie dans la Seigneurie du Christ &#8211; tout cela n&#8217;est autre que la substance de la vie et de la sainteté chrétiennes. C’est la vie baptismale pleinement mise en œuvre, c’est-à-dire non seulement pensée et crue, mais vécue et proposée, et pas seulement à quelques âmes privilégiées, mais à tout le saint peuple de Dieu. Pour des millions de croyants, dans les diverses Eglises, le baptême dans l’Esprit a été la porte qui les a introduit à ces splendeurs de la vie chrétienne<br />
L’une des maximes chères au pape François est que « la réalité est supérieure à l&#8217;idée  », et donc que l&#8217;expérience est supérieure à la pensée. Je crois que le Renouveau charismatique peut être (et a été en partie) une aide précieuse pour faire passer les grandes vérités de la foi de la simple pensée au vécu, pour faire passer le Saint-Esprit des livres de théologie à une authentique expérience des croyants.<br />
Saint Jean XXIII conçut le Concile Vatican II comme l&#8217;occasion d&#8217;une « nouvelle Pentecôte » pour l&#8217;Eglise. Le Seigneur a répondu à cette prière du pape au-delà de toute attente. Mais que signifie « une nouvelle Pentecôte » ? Elle ne peut pas consister uniquement en une nouvelle floraison de charismes, de ministères, de signes et de prodiges, en une bouffée d&#8217;air frais sur le visage de l&#8217;Église. Ces choses sont le reflet et le signe de quelque chose de plus profond. Une nouvelle Pentecôte, pour qu’elle le soit vraiment, doit avoir lieu à la profondeur que l&#8217;Apôtre nous a révélée ; elle doit renouveler le cœur de l’Epouse, et pas seulement sa robe.<br />
Cependant, pour être le courant de grâce que nous avons décrit, le Renouveau charismatique lui-même doit se renouveler et c’est ce à quoi l’institution de CHARIS veut contribuer. « Ne croyez pas &#8211; écrit Origène au troisième siècle &#8211; qu’il suffise d’être renouvelé une fois ; il faut renouveler la nouveauté même : &laquo;&nbsp;Ipsa novitas innovanda est &nbsp;&raquo; ». Il n&#8217;y a rien d&#8217;étonnant à cela. C&#8217;est ce qui se passe pour chaque projet de Dieu, dès qu’il est mis entre les mains de l’homme.<br />
Immédiatement après avoir adhéré au Renouveau, un jour, dans la prière, j&#8217;ai été assailli par certaines pensées. Il me semblait sentir ce que le Seigneur faisait de nouveau dans l&#8217;Église ; j&#8217;ai alors pris un morceau de papier et un stylo, et j’ai écrit ces quelques pensées qui m&#8217;ont étonné moi-même, si peu qu&#8217;elles soient le fruit de ma réflexion. Elles se trouvent dans mon livre « La sobre ivresse de l&#8217;Esprit  », mais je me permets de les partager à nouveau avec vous, car il me semble que c&#8217;est là d’où nous devons redémarrer.<br />
Le Père veut glorifier son Fils Jésus-Christ sur la terre d&#8217;une manière nouvelle, avec une nouvelle invention. Le Saint-Esprit est responsable de cette glorification, car il est écrit : « Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître . » Une vie chrétienne entièrement consacrée à Dieu, sans fondateur, ni règle, ni congrégation. Fondateur : Jésus ! Règle : l&#8217;Evangile vécu dans le Saint-Esprit ! Congrégation : l&#8217;Eglise ! Ne vous inquiétez pas du lendemain, ne cherchez pas à faire des choses qui restent, ne cherchez pas à mettre sur pied des organismes reconnus qui se perpétuent avec des successeurs &#8230; Jésus est un fondateur qui ne meurt jamais, il n&#8217;a donc pas besoin de successeurs. Nous devons toujours le laisser faire des choses nouvelles, même demain. Le Saint-Esprit sera encore là demain dans l&#8217;Église !<br />
 <br />
Deuxième partie<br />
« CHARISMATIQUE »</p>
<p>Le moment est venu de passer à la deuxième partie de mon exposé, qui sera beaucoup plus court : qu&#8217;est-ce que cet adjectif « charismatique » qui qualifie le nom « Renouveau » ? Mais d’abord, je ressens le besoin de vous accorder une courte pause pour mettre fin à votre effort d’écoute et vous dégourdir les jambes. Faisons-la en chantant la première strophe du chant avec lequel nos frères hispanophones proclament la Seigneurie du Christ : « Vive Jesus el Señor ».<br />
Tout d’abord, il est important de dire que « charismatique » doit rester un adjectif, et ne jamais devenir un nom. En d&#8217;autres termes, nous devons absolument éviter de notre côté d&#8217;employer l’expression « les charismatiques » pour désigner les personnes qui ont fait l&#8217;expérience du Renouveau. Qu’on emploie plutôt l’expression de « chrétiens renouvelés », et non de charismatiques. L&#8217;emploi de ce mot suscite à juste titre du ressentiment, parce qu&#8217;il crée une discrimination entre les membres du corps du Christ, comme si certains étaient dotés de charismes et d&#8217;autres pas.<br />
Je ne veux pas ici faire d’enseignement sur les charismes dont il y a tant d&#8217;occasions de parler. Mon intention est de montrer comment, même en tant que réalité charismatique, le Renouveau est un courant de grâce destiné à toute l’Église. Pour illustrer cette affirmation, il faut jeter un coup d’œil rapide sur l&#8217;histoire des charismes dans l&#8217;Église.<br />
La redécouverte des charismes à Vatican II<br />
Qu&#8217;est-il advenu en réalité des charismes après leur apparition tumultueuse dans les débuts de l&#8217;Église ? Les charismes n&#8217;avaient pas tant disparu de la vie de l&#8217;Église que de sa théologie. Si nous retraçons l’histoire de l’Eglise en gardant à l’esprit les différentes listes de charismes du Nouveau Testament, nous devons en conclure que, à l’exception peut-être du « parler en langues » et de « l’interprétation des langues », aucun des charismes ne s’est complètement perdu.<br />
L’histoire de l’Eglise est pleine d’évangélisateurs charismatiques, de dons de sagesse et de science (il suffit de penser aux docteurs de l’Église), d’histoires de guérisons miraculeuses, d’hommes dotés d’un esprit de prophétie ou de discernement des esprits, pour ne pas mentionner des dons comme les visions, ravissements, extases, illuminations, comptés aussi dans les charismes.<br />
Alors, où est la nouveauté qui nous permet de parler d’un réveil des charismes à notre époque ? Qu&#8217;est-ce qui était absent auparavant ? Les charismes, de leur domaine d’utilité commune et de « l’organisation de l’Église », avaient été progressivement confinés à la sphère privée et personnelle. Ils n’entraient plus dans la constitution de l&#8217;Église.<br />
Dans la vie de la communauté chrétienne primitive, les charismes n&#8217;étaient pas des faits privés, ils définissaient, en union avec l&#8217;autorité apostolique, la physionomie de la communauté. Les apôtres et les prophètes étaient les deux forces qui, ensemble, guidaient la communauté. Bientôt, l’équilibre entre les deux instances &#8211; celle de l’institution et celle du charisme – se brise au profit de l’institution. Le charisme est alors conféré avec l&#8217;ordination et vit avec l’institution. Un élément déterminant fut l’émergence des premières fausses doctrines, en particulier des doctrines gnostiques. C’est ce qui a fait toujours plus pencher l’aiguille de la balance vers les détenteurs de la charge, les bergers. Un autre fait fut la crise du mouvement prophétique diffusé par Montanus en Asie mineure au deuxième siècle, qui servit à discréditer encore plus un certain type d’enthousiasme collectif charismatique.<br />
De ce fait fondamental découlent toutes les conséquences négatives vis-à-vis des charismes. Les charismes sont relégués aux marges de la vie de l&#8217;Église. On entend dire encore pendant quelque temps que persistent, çà et là, certains d’entre eux. Saint Irénée, par exemple, dit qu&#8217;il existe encore à son époque « nombre de frères dans l&#8217;Église, qui possèdent des charismes prophétiques, parlent toutes sortes de langues grâce à l&#8217;Esprit, manifestent les secrets des hommes pour leur profit et exposent les mystères de Dieu  ». Mais c&#8217;est un phénomène qui va en s&#8217;épuisant. Surtout, disparaissent ces charismes qui avaient pour terrain d’exercice le culte et la vie de la communauté, le discours inspiré et la glossolalie, les charismes dits pentecostaux. La prophétie se réduit au charisme du Magistère d’interpréter la révélation de manière authentique et infaillible. (C&#8217;était là la définition de la prophétie dans les traités d&#8217;ecclésiologie que l’on étudiait de mon temps.)<br />
On tente encore de justifier cette situation, même théologiquement. Selon une théorie souvent répétée à partir de saint Jean Chrysostome, certains charismes étaient réservés jusqu&#8217;à la veille de Vatican II à l&#8217;Église dans son « état naissant », mais devaient « cesser » plus tard, comme s’ils n&#8217;étaient plus nécessaires à l&#8217;économie générale de l’Église .<br />
Une autre conséquence inévitable est la cléricalisation des charismes. Liés à la sainteté personnelle, ils finissent par être presque toujours associés aux représentants habituels de cette sainteté, pasteurs, moines, religieux. Du domaine de l’ecclésiologie, les charismes passent à celui de l’hagiographie, c’est-à-dire à l’étude de la vie des saints. La place des charismes est tirée des « sept dons de l&#8217;Esprit » qui, au début (en Isaïe 11) et jusqu&#8217;à la scolastique, n&#8217;étaient qu&#8217;une catégorie particulière de charismes, ceux promis au roi messianique et plus tard à ceux qui ont la tâche du gouvernement pastoral.<br />
C’est la situation à laquelle le Concile Vatican II a voulu remédier. Dans l&#8217;un des documents les plus importants de Vatican II, nous lisons ce texte bien connu :<br />
Mais le même Esprit Saint ne se borne pas à sanctifier le Peuple de Dieu par les sacrements et les ministères, à le conduire et à lui donner l’ornement des vertus, il distribue aussi parmi les fidèles de tous ordres, « répartissant ses dons à son gré en chacun » (1 Co 12, 11), les grâces spéciales qui rendent apte et disponible pour assumer les diverses charges et offices utiles au renouvellement et au développement de l’Église, suivant ce qu’il est dit : « C’est toujours pour le bien commun que le don de l’Esprit se manifeste dans un homme » (1 Co 12, 7). Ces grâces, des plus éclatantes aux plus simples et aux plus largement diffusées, doivent être reçues avec action de grâce et apporter consolation, étant avant tout ajustées aux nécessités de l’Église et destinées à y répondre .<br />
Ce texte n’est pas une note marginale à l’intérieur de l’ecclésiologie de Vatican II ; il en est plutôt le couronnement. C’est la manière la plus claire et la plus explicite d’affirmer qu’à côté de la dimension hiérarchique et institutionnelle, l’Église a une dimension pneumatique, et que la première est opérationnelle et au service de la seconde. Ce n&#8217;est pas l&#8217;Esprit qui est au service de l&#8217;institution, mais l&#8217;institution qui est au service de l&#8217;Esprit. Il n&#8217;est pas vrai &#8211; comme le soulignait de manière polémique le grand ecclésiologue du XIXe siècle Johannes Adam Möhler &#8211; que « Dieu a créé la hiérarchie et a ainsi pourvu plus que suffisamment aux besoins de l&#8217;Église jusqu&#8217;à la fin du monde  ». Jésus a confié son Église à Pierre et aux autres apôtres, mais il l&#8217;a confiée avant tout au Saint-Esprit : « il vous conduira dans la vérité tout entière […] il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître » (cf. Jn 16, 4-15).<br />
À ce stade, une fois le Concile achevé et une fois rassemblés ses décrets en un volume, le danger de marginaliser les charismes est apparu sous une autre forme, non moins dangereuse : celle de rester un beau document que les érudits ne se lassent jamais d&#8217;étudier et les prédicateurs de citer. Le Seigneur lui-même a évité ce danger en faisant voir de ses yeux à celui qui avait fortement désiré ce texte sur les charismes, qu&#8217;ils étaient revenus non seulement dans la théologie, mais également dans la vie du peuple de Dieu. Quand, pour la première fois, en 1973, le cardinal Leo Suenens entendit parler du Renouveau charismatique catholique, apparu aux États-Unis, il était en train d’écrire un livre intitulé « Le Saint-Esprit, source de nos espérances ». Voici ce qu&#8217;il raconte dans ses mémoires :<br />
« J&#8217;arrêtai alors d&#8217;écrire mon livre. Je pensai qu’il était de la cohérence la plus élémentaire de prêter attention à l&#8217;action du Saint-Esprit, bien qu’elle se manifestât de manière surprenante. J&#8217;étais particulièrement intéressé par la nouvelle du réveil des charismes, puisque le Concile avait invoqué un tel réveil ».<br />
Et voici ce qu&#8217;il écrit après avoir vu de ses yeux ce qui se passait dans l&#8217;Église :<br />
« Tout à coup, saint Paul et les Actes des Apôtres semblent devenir vivants et faire partie du présent ; ce qui était authentiquement vrai dans le passé semble se reproduire sous nos yeux. C&#8217;est une découverte de la véritable action du Saint-Esprit qui est toujours à l&#8217;œuvre, comme Jésus lui-même l&#8217;a promis. Il tient parole. C’est à nouveau une explosion de l’Esprit de Pentecôte, une joie qui était devenue inconnue de l’Église ».<br />
Maintenant c’est clair, je crois, parce que je dis que même comme réalité charismatique, le Renouveau est un courant de grâce destiné à toute l’Église, et qui lui est nécessaire. C&#8217;est l&#8217;Église elle-même qui l&#8217;a défini au Concile. Il ne reste plus qu&#8217;à passer de la définition à la mise en œuvre, des documents à la vie. Et c’est là le service que CHARIS, en totale continuité avec le RCC du passé, est appelé à rendre à l’Église.<br />
Ce n’est pas seulement une question de fidélité au Concile, mais de fidélité à la mission même de l’Église. Les charismes, lit-on dans le texte conciliaire, sont « utiles au renouveau et au plus grand développement de l&#8217;Église ». (Peut-être aurait-il été plus juste d&#8217;écrire « nécessaires » au lieu de « utiles »). La foi, aujourd&#8217;hui comme du temps de Paul et des apôtres, ne se transmet pas avec « des discours de sagesse persuasifs, mais avec la manifestation de l&#8217;Esprit et de son pouvoir » (cf. 1 Co 2, 4-5 ; 1 Th 1, 5). Si un temps, dans un monde devenu &#8211; au moins officiellement &#8211; « chrétien », on a pu penser qu’on n’avait plus besoin des charismes, des signes et des prodiges, comme au début de l’Église, plus aujourd’hui. Nous sommes plus proches du temps des Apôtres que de celui de saint Jean Chrysostome, lesquels Apôtres devaient annoncer l&#8217;Evangile à un monde préchrétien ; pour nous, du moins en Occident, ce sera dans un monde postchrétien.<br />
J&#8217;ai dit jusqu&#8217;à présent que le RC est un courant de grâce nécessaire à toute l&#8217;Église catholique. Je dois ajouter que c’est encore plus vrai pour certaines églises nationales qui depuis longtemps assistent à une douloureuse hémorragie de leurs fidèles vers d&#8217;autres réalités charismatiques. Il est bien connu que l&#8217;une des raisons les plus courantes de cet exode est le besoin d&#8217;une expression de la foi plus conforme à sa propre culture : avec plus d&#8217;espace accordé à la spontanéité, à la joie et au corps ; une vie de foi dans laquelle la religiosité populaire soit une valeur ajoutée et non un substitut à la Seigneurie du Christ.<br />
On fait des analyses pastorales et sociologiques du phénomène  et des remèdes sont proposés, mais on peine à réaliser que le Saint-Esprit a déjà pourvu, de manière grandiose, à ce besoin. On ne peut plus continuer à voir le RCC comme faisant partie du problème de l&#8217;exode des catholiques, plutôt que comme la solution du problème. Pour que ce remède soit réellement efficace, il ne suffit pas cependant que les pasteurs approuvent et encouragent le RC, en restant soigneusement en dehors. Il convient que chacun accueille le courant de grâce dans sa vie. C’est ce à quoi l’exemple du pasteur de l’Eglise universelle nous pousse, y compris avec l’institution de CHARIS.<br />
Je n&#8217;ai pas l&#8217;intention de m&#8217;étendre davantage sur le thème des charismes et de l&#8217;évangélisation. Notre cher coordinateur Jean-Luc nous en a parlé et ce sera tout à l’heure le tour de Mary Healy qui, à ce sujet, en plus d&#8217;une excellente formation théologique, possède également une expérience considérable dans le domaine. Je termine par une réflexion sur l&#8217;exercice des charismes.<br />
Je mentionne certaines des attitudes ou des vertus qui contribuent le plus directement à maintenir le charisme en bonne santé et à faire qu’il serve « à l’utilité commune ». La première vertu est l&#8217;obéissance. Dans ce cas, nous parlons d&#8217;obéissance avant tout à l&#8217;institution, à ceux qui exercent le service de l&#8217;autorité. Les vrais prophètes et charismatiques, dans l’histoire encore récente de l’Église catholique, ont été ceux qui ont accepté de mourir à leurs certitudes, en obéissant et en se taisant, avant de voir leurs propositions et critiques accueillies par l’institution. Les charismes sans l’institution sont voués au chaos ; l&#8217;institution sans les charismes est vouée à l&#8217;immobilisme.<br />
L&#8217;institution ne mortifie pas le charisme, mais c&#8217;est elle qui assure au charisme un avenir et aussi un &#8230; passé. C&#8217;est-à-dire qu&#8217;elle le préserve de s&#8217;épuiser comme un feu de paille et met à sa disposition toute l&#8217;expérience de l&#8217;Esprit que les générations précédentes ont faite. C’est une bénédiction de Dieu que le réveil charismatique de l’Église catholique soit né avec une forte volonté de communion avec la hiérarchie et que le Magistère y ait reconnu « une chance pour l’Église » et « les premiers signes d’un grand printemps pour le Christianisme  ». Cette obéissance nous devrait être d’autant plus facile et plus nécessaire aujourd’hui que l’autorité suprême de l’Église ne se limite plus à louer et à encourager le courant de grâce du RC, mais qu’elle en a de manière évidente épousé la cause et la propose avec insistance à toute l’Eglise.<br />
Une autre vertu vitale pour un usage constructif des charismes est l&#8217;humilité. Les charismes sont opération du Saint-Esprit, étincelles du feu de Dieu confié aux hommes. Comment arriver à ne pas s’y brûler les doigts ? Voilà quelle est la tâche de l&#8217;humilité, de permettre à cette grâce de Dieu de passer et de circuler dans l’Église et dans l’humanité, sans se perdre, ni se contaminer.<br />
L&#8217;image du « courant de grâce » qui se perd dans la masse s’inspire clairement du monde de l&#8217;électricité. Mais parallèle à la technique de l&#8217;électricité se trouve la technique d&#8217;isolation. Plus la tension est haute et plus est puissant le courant électrique qui passe à travers un fil, plus l&#8217;isolation doit être résistante pour empêcher le courant de provoquer des courts-circuits. L&#8217;humilité est, dans le RC et dans la vie spirituelle en général, le grand isolant qui permet au courant divin de grâce de passer à travers une personne sans se perdre, ou pire, provoquer des flambées d&#8217;orgueil et de rivalité. Jésus a introduit l&#8217;Esprit dans le monde en s&#8217;humiliant et en se faisant obéissant jusqu&#8217;à la mort ; nous pourrons contribuer à répandre le Saint-Esprit dans l&#8217;Église de la même manière, en restant humbles et obéissants jusqu&#8217;à la mort, la mort de notre « moi » et de notre vieil homme.<br />
En tant qu&#8217;assistant ecclésiastique, j&#8217;ai essayé d’apporter, par cet enseignement, ma contribution pour une vision correcte du CR dans l&#8217;histoire et le présent de l&#8217;Église. Cependant, le modérateur et les membres du comité international devront soutenir eux-mêmes le poids de ce nouveau départ. C’est à eux tous que j&#8217;exprime mon amitié fraternelle et je les assure de ma collaboration inconditionnelle, tant que le Seigneur me donnera la force de le faire. La lettre aux Hébreux recommandait aux premiers chrétiens : « Souvenez-vous de ceux qui vous ont dirigés : ils vous ont annoncé la parole de Dieu. » (He 13, 7) Nous devons faire de même, nous rappelant avec affection et gratitude ceux qui les premiers ont vécu et promu la nouvelle Pentecôte : Patti Mansfield, Ralph Martin, Steve Clark, Kevin et Dorothy Ranaghan, et tous les autres qui par la suite ont servi le RCC à l&#8217;ICCRS, la Fraternité catholique et dans d’autres organes de service.<br />
Je termine par une parole prophétique que j&#8217;ai proclamée la première fois que j’ai prêché en présence de saint Jean-Paul II. C&#8217;est la parole que le prophète Aggée adresse aux chefs et au peuple d&#8217;Israël au moment où ils s’apprêtent à reconstruire le Temple :<br />
« Mais à présent, courage, Zorobabel ! &#8211; oracle du Seigneur. Courage, Josué fils de Josédeq, grand   prêtre ! Courage, tout le peuple du pays ! &#8211; oracle du Seigneur. Au travail ! Je suis avec vous &#8211; oracle du Seigneur de l&#8217;univers. » (Ag 2, 4)<br />
 Courage Jean-Luc et tous les membres du comité, courage, tout le peuple du RCC, courage frères et sœurs d’autres dénominations Chrétiennes qui êtes parmi nous, et au travail, « parce que je suis avec vous, dit le Seigneur ! »<br />
____________________________________<br />
Traduit de l’Italien par Cathy Brenti</p>
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		<title>PRIONS POUR RECEVOIR L&#039;ESPRIT</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Mar 2019 12:55:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>suorchiara</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>A la Pentecôte prochaine, CHARIS entrera en fonction. CHARIS est le nouvel organisme unique au service de tout le courant de grâce du Renouveau charismatique catholique. Voilà une occasion unique pour nous et pour toute l’Eglise de recevoir une nouvelle effusion de l&#8217;Esprit. Le but de cette réflexion – ainsi que des deux autres qui suivront, qui m’ont été demandées par le comité de coordination &#8211; est précisément de soutenir et d’encourager, à l’aide de fondements bibliques et théologiques, l’engagement de prière que de nombreux frères et sœurs souhaitent prendre pour contribuer au succès spirituel de cet événement.<br />
Comment les Apôtres se sont-ils préparés à la venue du Saint-Esprit ? En priant ! « Tous, d&#8217;un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères . »  La prière des Apôtres réunis au Cénacle avec Marie, est la première grande épiclèse, elle ouvre la dimension épiclétique de l&#8217;Église, de ce « Viens, Saint-Esprit » qui continuera à résonner dans l&#8217;Église au long des siècles et par lequel la liturgie fera précéder toutes ses actions les plus importantes.<br />
Pendant que l&#8217;Église était en prière, « un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent […] Tous furent remplis d&#8217;Esprit Saint . » Il se produisit ce qui s&#8217;était passé lors du baptême du Christ : « Comme […] après avoir été baptisé lui aussi, Jésus priait, le ciel s&#8217;ouvrit. L&#8217;Esprit Saint […] descendit sur Jésus  ». On dirait que pour saint Luc, c’est la prière de Jésus qui perça les cieux et fit descendre l’Esprit sur lui. La même chose se produisit à la Pentecôte.<br />
Il est impressionnant de voir avec quelle constance, dans les Actes des Apôtres, la venue du Saint-Esprit est liée à la prière. On ne cache pas le rôle décisif du baptême , mais on insiste encore plus sur la prière. Saul « priait » lorsque le Seigneur lui envoya Ananie pour qu’il recouvre la vue et qu’il soit rempli du Saint-Esprit . Quand les Apôtres apprirent que la Samarie avait accueilli la Parole, ils envoyèrent Pierre et Jean et « à leur arrivée, ceux-ci prièrent pour ces Samaritains afin qu&#8217;ils reçoivent l&#8217;Esprit Saint . »<br />
Quand, à la même occasion, le magicien Simon tenta de recevoir le Saint-Esprit en payant, les Apôtres réagirent avec indignation . On ne peut acheter le Saint-Esprit, on ne peut que l’implorer dans la prière. Jésus lui-même avait lié le don du Saint-Esprit à la prière en disant : « Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l&#8217;Esprit Saint à ceux qui le lui demandent  ! » Il avait lié ce don, non seulement à notre prière, mais aussi et surtout à la sienne en disant : « Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous  ». Entre la prière et le don de l&#8217;Esprit, il y a le même circulation et interpénétration qu’il y a entre la grâce et la liberté. Nous avons besoin de recevoir le Saint-Esprit pour pouvoir prier, et nous devons prier pour recevoir le Saint-Esprit. Au début, il y a le don de la grâce, mais nous devons ensuite prier pour que ce don soit préservé et qu’il grandisse.<br />
Mais tout cela ne doit pas rester un enseignement abstrait et vague. Il doit me dire quelque chose à moi personnellement. Veux-tu recevoir le Saint-Esprit ? Te sens-tu faible et souhaites-tu être recouvert de la puissance d&#8217;en haut ? Te sens-tu tiède et veux-tu être réchauffé ? Aride et tu veux être arrosé ? Rigide et tu veux être courbé ? Mécontent de ta vie passée et tu veux être renouvelé ? Prie, prie, prie ! Que sur ta bouche ne soit pas étouffé ce cri : Veni Sancte Spiritus, viens Saint-Esprit ! Si une personne ou un groupe de personnes, avec foi, se met en prière et en retraite, déterminé à ne pas se lever tant qu&#8217;elle n&#8217;aura pas été revêtue du pouvoir d&#8217;en haut et baptisée dans l&#8217;Esprit, cette personne ou ce groupe ne se lèvera pas sans avoir reçu ce qu&#8217;elle a demandé et bien plus encore. C&#8217;est ce qui s&#8217;est passé lors de la première retraite de Duquesne, qui fut à l&#8217;origine du Renouveau charismatique catholique.<br />
A l’image de la prière de Marie et des Apôtres, notre prière doit être une prière « concordante et persévérante ». Concordante ou unanime (homothymadon) signifie, littéralement, fait d’un seul cœur (cum corda/con-corde) et d’une « seule âme ». Jésus a dit : « Et pareillement, amen, je vous le dis, si deux d&#8217;entre vous sur la terre se mettent d&#8217;accord pour demander quoi que ce soit, ils l&#8217;obtiendront de mon Père qui est aux cieux . »<br />
L&#8217;autre caractéristique de la prière de Marie et des Apôtres est que c’était une prière « persévérante ». Le terme original grec qui exprime cette qualité de la prière chrétienne (proskarteroúntes) indique une action tenace, insistante, le fait d’être occupé avec assiduité et consistance à quelque chose. Il se traduit par persévérants, ou assidus, dans la prière. On pourrait aussi traduire par « s&#8217;accrochant avec ténacité » à la prière.<br />
Ce mot est important car c&#8217;est celui qui revient le plus souvent à chaque fois que dans le Nouveau Testament on parle de prière. Dans les Actes, il revient peu de temps après, lorsqu’on parle des premiers croyants venus à la foi, qui « étaient assidus à l&#8217;enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières . » Saint Paul aussi recommande d’être « assidu à la prière  ». Dans un passage de la Lettre aux Éphésiens, nous lisons : « En toute circonstance, que l&#8217;Esprit vous donne de prier et de supplier : restez éveillés, soyez assidus à la supplication pour tous les fidèles  ».<br />
La substance de cet enseignement vient de Jésus, qui a raconté la parabole de la veuve importune, justement pour dire « la nécessité de toujours prier sans se décourager  ». La femme cananéenne est une illustration vivante de cette prière insistante qui ne se laisse décourager par rien et qui finit par obtenir, précisément pour cette raison, ce qu&#8217;elle désire. Elle demande une première fois la guérison de sa fille et Jésus – est-il écrit – « ne lui répondit pas un mot  ». Elle insiste et Jésus répond qu&#8217;il n&#8217;a été envoyé qu’aux brebis perdues d&#8217;Israël. Elle se jette à ses pieds et Jésus lui oppose « qu’il n&#8217;est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. »  Il y avait de quoi se décourager. Mais la femme cananéenne ne se rend pas. Elle dit : « mais justement, les petits chiens », et Jésus s&#8217;exclame de joie : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux  ! »<br />
Prier longtemps, avec persévérance, ne veut pas dire prier avec beaucoup de mots, en s’abandonnant à un vain bavardage comme les païens . Persévérer dans la prière signifie demander souvent, ne pas cesser de demander, ne pas cesser d’espérer, ne jamais abandonner. Cela signifie ne pas s’accorder de repos et ne pas en accorder au Seigneur non plus : « Vous qui tenez en éveil la mémoire du Seigneur, ne prenez aucun repos ! Ne lui laissez aucun repos qu&#8217;il n&#8217;ait rendu Jérusalem inébranlable  ! »<br />
Mais pourquoi la prière doit-elle être persévérante et pourquoi Dieu n&#8217;écoute-t-il pas immédiatement ? N&#8217;est-ce pas lui qui, dans la Bible, promet d&#8217;écouter immédiatement, dès qu&#8217;on le prie, ou avant même qu’ait fini de prier ? « Avant qu&#8217;ils n&#8217;appellent, moi, je répondrai ; ils parleront encore que moi, je les aurai entendus . » Jésus répète : « Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Les fait-il attendre ?  Je vous le déclare : bien vite, il leur fera justice . » L&#8217;expérience ne contredit-elle pas de manière flagrante ces mots ? Non, Dieu a promis de toujours écouter et d&#8217;écouter immédiatement nos prières, et il le fait. C’est nous qui devons ouvrir les yeux.<br />
C’est très vrai, il tient parole : en retardant son secours, il nous aide déjà ; en effet, le fait de différer est déjà en soi un secours. Et ceci pour il n’arrive pas qu’en écoutant trop rapidement la volonté du demandeur, il ne puisse lui offrir une santé parfaite. Il est nécessaire de distinguer l&#8217;exaucement selon la volonté de la personne qui prie et l&#8217;exaucement selon le besoin de la personne qui prie, qui est son salut. Jésus a dit : « cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira  ».  Quand on lit ces mots, on pense immédiatement que Jésus promet de nous donner tout ce que nous lui demandons, et nous restons perplexes car nous voyons que cela se réalise rarement. Mais il voulait surtout dire une chose : « Cherchez-moi et vous me trouverez, frappez et je vous ouvrirai ». Il promet de se donner, au-delà des petites choses que nous lui demandons, et cette promesse, il la tient de manière infaillible toujours. Ceux qui le cherchent le trouvent ; à qui frappe, il ouvre et une fois qu&#8217;on l’a trouvé, tout le reste passe à la deuxième place.<br />
Lorsque l&#8217;objet de notre prière est le bon don par excellence, celui que Dieu lui-même veut nous donner par-dessus tout &#8211; le Saint-Esprit -, nous devons nous garder de toute illusion. Nous sommes amenés à concevoir le Saint-Esprit, plus ou moins consciemment, comme une aide puissante venant d’en haut, un souffle de vie qui vienne raviver agréablement notre prière et notre ferveur, donner son efficacité à notre ministère et permettre qu’il soit facile de porter la croix. Tu as prié de cette manière pendant des années pour vivre ta propre Pentecôte, et il te semble que pas un souffle de vent ne se soit levé. Rien de ce que tu attendais ne s’est produit.<br />
Le Saint-Esprit n&#8217;est pas donné pour renforcer notre égoïsme. Regarde mieux autour de toi. Peut-être que tout ce Saint-Esprit que tu avais demandé pour toi, Dieu te l&#8217;a accordé, mais pour les autres. Peut-être que la prière des autres autour de toi, par ta parole, a-t-elle été renouvelée et la tienne a avancé laborieuse comme avant ; d&#8217;autres ont senti que leur cœur était transpercé, ils ont eu la componction et dans les larmes ils se sont repentis, et tu es encore là à demander cette même grâce. Laisse Dieu libre ; mets un point d&#8217;honneur à laisser sa liberté à Dieu. C’est la façon qu’il a choisie, lui, de te donner son Saint-Esprit et c’est la plus belle. Qui sait qu&#8217;un Apôtre, le jour de la Pentecôte, en voyant toute cette foule repentie se frapper la poitrine, transpercée par la Parole de Dieu, qui sait, dis-je, il a ressenti envie et confusion, en pensant qu&#8217;il n&#8217;avait jamais pleuré d’avoir crucifié Jésus de Nazareth. Saint Paul, qui dans sa prédication était accompagné de la manifestation de l&#8217;Esprit et de sa puissance, a demandé à trois reprises d&#8217;être libéré de son écharde dans la chair, mais ne fut pas écouté et dut se résigner à vivre avec pour que se manifester mieux la puissance de Dieu .<br />
Dans le Renouveau charismatique, la prière se manifeste sous une nouvelle forme comparée au passé : celle de la prière en groupe ou du groupe de prière. En y participant, on comprend ce que voulait dire l’Apôtre quand il écrivait aux Éphésiens : « Soyez plutôt remplis de l&#8217;Esprit Saint. Dites entre vous des psaumes, des hymnes et des chants inspirés, chantez le Seigneur et célébrez-le de tout votre cœur. À tout moment et pour toutes choses, au nom de notre Seigneur Jésus Christ, rendez grâce à Dieu le Père  ». Et encore : « En toute circonstance, que l&#8217;Esprit vous donne de prier et de supplier : restez éveillés . »<br />
Nous ne connaissons que deux types fondamentaux de prière : la prière liturgique et la prière personnelle. La prière liturgique est communautaire, mais elle n&#8217;est pas spontanée ; la prière personnelle est spontanée, mais elle n&#8217;est pas communautaire. Il y a des moments pendant lesquels on peut prier spontanément, selon l’inspiration de l&#8217;Esprit, mais en partageant sa prière avec les autres, rassemblant les divers dons et charismes et s’édifiant chacun avec la ferveur de l&#8217;autre ; rassemblant les différentes « langues de feu » afin de former une seule flamme. En bref, il faut une prière spontanée et communautaire à la fois.<br />
Nous avons un magnifique exemple de cette prière « charismatique », spontanée et communautaire, dans le quatrième chapitre des Actes. Pierre et Jean, libérés de prison avec l&#8217;interdiction formelle de parler au nom de Jésus, rentrent dans leur communauté, qui se met à prier. L&#8217;un proclame une parole de l&#8217;Écriture (« Les princes se sont ligués contre le Seigneur, le Christ »), un autre a le don prophétique d&#8217;appliquer la parole à la situation du moment ; il y a un « soulèvement » de la foi qui donne le courage de demander « des guérisons, des signes et des prodiges ». En fin de compte, on répète ce qui s&#8217;est passé à la première Pentecôte « tous furent remplis du Saint-Esprit » et continuaient à prêcher le Christ « avec assurance ».<br />
Un cadeau spécial à demander au Saint-Esprit à l&#8217;occasion du renouveau et de l&#8217;unification des organisations de service est que ressuscite la merveille de ces premiers groupes de prière charismatiques dans lesquels on respirait presque la présence du Saint-Esprit et où la seigneurie du Christ n&#8217;était pas une vérité seulement proclamée mais vécue de manière presque tangible. N&#8217;oublions pas que le groupe de prière ou la prière en groupe est l&#8217;élément de base qui rapproche à la fois la réalité des groupes de prière et celle des fraternités charismatiques.<br />
Avec chacune des modalités de prière que je viens de rappeler, on peut participer à la chaîne de prière pour se préparer à la Pentecôte. À celui qui aime la prière liturgique, je suggère de répéter plusieurs fois par jour, à son choix, l&#8217;une des invocations suivantes au Saint-Esprit en usage dans la liturgie, sachant que vous rejoindrez ainsi les innombrables foules de croyants qui se sont exprimés avant nous :<br />
« Viens, Saint-Esprit, remplis le cœur de tes fidèles et allume en eux le feu de ton amour ». (Pour ceux qui aiment encore prier avec les formules latines originales : « Veni, Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium et tui amoris in eis ignem accende »). Ou bien : « Envoie ton Esprit, Seigneur, et renouvelle la face de la terre ». Ou bien : Viens, Esprit Créateur, visite nos esprits, remplis de grâce céleste les cœurs que tu as créés. »<br />
Aux frères et aux sœurs anglophones, je suggère de répéter, seul ou en groupe, les paroles de ce chant que nous avons reçu de nos frères pentecôtistes et qui a accompagné des millions de croyants lors de la réception du baptême dans l’Esprit (alternant le singulier « moi » avec le pluriel « nous ») : « O Esprit du Dieu vivant, viens toucher nos cœurs, prends-moi, guide-moi, emplis-moi de ton amour. O Esprit du Dieu vivant, viens toucher nos cœurs ».<br />
Dans mon livre de commentaire sur le Veni Creator , j&#8217;ai également formulé une invocation au Saint-Esprit. Dans cette circonstance, je la partage volontiers avec ceux qu’elle inspirera :<br />
Viens, ô Saint-Esprit !<br />
Viens, force et douceur de Dieu !<br />
Viens, toi le mouvement et la paix !<br />
Renouvelle notre courage,<br />
Remplis notre solitude dans le monde,<br />
Crée en nous l’intimité avec Dieu !<br />
Nous ne disons plus, comme le prophète : « Viens des quatre vents »,<br />
Comme si nous ne savions pas d&#8217;où tu proviens ;<br />
Nous disons :<br />
Viens, Esprit du côté transpercé du Christ en croix !<br />
Viens de la bouche du ressuscité !</p>
<p>P. Raniero Cantalamessa OFM Cap.</p>
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		<title>« Nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu »  - Veillée œcuménique de Pentecôte avec le pape François Rome, Cirque Maxime, 3 juin 2017</title>
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		<pubDate>Sat, 03 Jun 2017 11:40:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>suorchiara</dc:creator>
				<category><![CDATA[Spiritualité]]></category>

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		<description><![CDATA[Des Actes des Apôtres, chapitre2 : « Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d&#8217;eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Dans[...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Des Actes des Apôtres, chapitre2 :<br />
« Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux, venant de toutes les nations sous le ciel. Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait, ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient en pleine confusion parce que chacun d&#8217;eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient. Dans la stupéfaction et l&#8217;émerveillement, ils disaient : &laquo;&nbsp;Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes et Élamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, de la province du Pont et de celle d&#8217;Asie, de la Phrygie et de la Pamphylie, de l&#8217;Égypte et des contrées de Libye proches de Cyrène, Romains de passage, 	Juifs de naissance et convertis, Crétois et Arabes, tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu.&nbsp;&raquo; Ils étaient tous dans la stupéfaction et la perplexité, se disant l&#8217;un à l&#8217;autre : &laquo;&nbsp;Qu&#8217;est-ce que cela signifie ?&nbsp;&raquo; (Ac 2, 5-13)<br />
Cette scène se reproduit aujourd’hui en ce lieu. Nous sommes nous aussi venus « de toutes les nations sous le ciel » et nous voilà rassemblés pour proclamer ensemble « les merveilles de Dieu ».<br />
Il y a un important message à découvrir dans cette partie du récit de la Pentecôte. Dès la fin de l’Antiquité, on a saisi que si l’auteur des Actes – c’est-à-dire, en premier lieu l’Esprit Saint ! – insiste à ce point sur le phénomène des langues, c’est parce qu’il a voulu nous faire comprendre que ce qui se passe à la Pentecôte est là pour renverser ce qui s’est passé à Babel. L’Esprit transforme le chaos linguistique de Babel en une nouvelle harmonie des voix. Ce qui explique pourquoi le récit de Babel rapporté par Genèse 11 est traditionnellement présent dans les lectures bibliques de la vigile de Pentecôte.<br />
Les bâtisseurs de Babel n’étaient pas, comme on l’avait cru pendant un temps, des impies qui cherchaient à défier Dieu, une sorte d’équivalent des titans de la mythologie grecque. Non, c’était des hommes pieux et religieux. La tour qu’ils voulaient construire était un temple à la divinité, un de ces temples aux terrasses superposées que l’on appelle des ziggurats, dont il reste encore des ruines en Mésopotamie.<br />
Alors en quoi consistait leur péché ? Ecoutons ce qu’ils se disaient entre eux en se mettant à l’ouvrage : « Ils dirent : &laquo;&nbsp;Allons ! Bâtissons-nous une ville, avec une tour dont le sommet soit dans les cieux. Faisons-nous un nom, pour ne pas être disséminés sur toute la surface de la terre&nbsp;&raquo;. » (Gn 11, 4) Martin Luther fait une observation très éclairante sur ces paroles :<br />
« Construisons-nous une ville, avec une tour » : construisons pour nous – et non pour Dieu […]. « Faisons-nous un nom » : faisons-le pour nous. Ils ne sont pas pressés que le nom de Dieu soit glorifié, ils se préoccupent de se faire un nom . »<br />
En d’autres termes, Dieu est instrumentalisé ; il doit servir leur volonté de puissance. Ils pensaient selon la mentalité de l’époque qu’en offrant des sacrifices depuis une plus grande hauteur, ils pourraient arracher à la divinité de nouvelles victoires sur les peuples voisins. Voilà pourquoi Dieu est contraint de mélanger leurs langues et de faire tomber leur projet à l’eau.<br />
Voilà qui tout à coup rapproche de nous cet épisode de Babel et de ses bâtisseurs. Une grande partie des divisions entre les chrétiens est due au désir secret de nous faire un nom, de nous élever au-dessus des autres, de traiter avec Dieu depuis une position de supériorité par rapport aux autres ! Que de divisions dues au désir de se faire un nom, ou de faire un nom à notre propre Eglise, plus qu’à Dieu ! De là notre Babel !<br />
Passons maintenant à la Pentecôte. Nous voyons là aussi un groupe d’hommes, les apôtres, se préparer à construire une tour qui monte de la terre au ciel, l’Eglise. A Babel, on ne parlait encore qu’une langue et à un certain moment, personne ne comprend plus son voisin : là, tous parlent des langues différentes et pourtant tous comprennent les apôtres. Pourquoi ? Parce que l’Esprit Saint a opéré en eux une révolution copernicienne.<br />
Avant cela, les apôtres aussi étaient préoccupés de se faire un nom et c’est bien pour cela qu’ils discutaient souvent de savoir qui était « le plus grand parmi eux ». Désormais l’Esprit Saint les a décentrés d’eux-mêmes et recentrés sur le Christ. Leur cœur de pierre est parti en miettes et à sa place bat un « cœur de chair » (Ez 36, 26). Ils ont été « baptisés dans l’Esprit Saint » comme le leur avait promis Jésus avant de les quitter (Ac 1, 8), c’est-à-dire complètement immergés dans l’océan de l’amour de Dieu répandu sur eux (cf. Rm 5, 5).<br />
Ils sont éblouis par la gloire de Dieu. Le fait qu’ils parlaient en des langues diverses s’explique aussi par le fait qu’ils parlaient avec leurs yeux, avec leur visage, avec leurs mains, avec la stupeur de celui qui a vu des choses qu’on ne peut pas traduire en paroles humaines. « Tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu », disent les gens. Voilà pourquoi ils se comprennent tous : ils ne parlent plus d’eux-mêmes, mais de Dieu !<br />
Dieu nous appelle à opérer dans notre vie la même conversion : de nous-mêmes à Dieu, de la petite unité qu’est notre paroisse, notre mouvement, notre Eglise même, à la grande unité qui est celle du corps tout entier du Christ, voire de toute l’humanité. Voilà le pas difficile que le pape François nous pousse &#8211; nous catholiques &#8211; à faire, et que les représentants des autres Eglises rassemblés ici manifestent vouloir partager.<br />
Déjà saint Augustin avait montré clairement que la communion ecclésiale se réalise par dégrées et à des différents niveaux : du niveaux plein, propre de ces qui partagent soit les sacrements et les signes extérieurs, soit la grâce intérieure de l’Esprit, jusqu’au niveaux moins complet, propre de ceux qui partagent le même don intérieur de l’Esprit Saint. Saint Paul embrassait dans sa communion « tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, leur Seigneur et le nôtre » (1 Co 1, 2). Une formule qu’il nous faut peut-être redécouvrir et remettre à l’honneur. Elle s’étend aujourd&#8217;hui aussi à nos frères Juifs messianiques.<br />
Le phénomène pentecostal et charismatique a une vocation et une responsabilité particulières, vis-à-vis de l’unité des chrétiens. Sa vocation œcuménique apparaît encore plus évidente, si nous pensons à ce qui s’est passé dans les débuts de l’Eglise. Comment le Ressuscité s’y est-il pris pour pousser les apôtres à accueillir les païens dans l’Eglise ? Dieu a envoyé l’Esprit Saint sur Corneille et sa maison de la même façon et avec les mêmes manifestations qu’il l’avait fait dans les débuts pour ses apôtres. Du coup, il ne reste plus à Pierre qu’à tirer la conclusion : « Et si Dieu leur a fait le même don qu&#8217;à nous, parce qu&#8217;ils ont cru au Seigneur Jésus Christ, qui étais-je, moi, pour empêcher l&#8217;action de Dieu ? » (Ac 11, 17). Lors du Concile de Jérusalem, Pierre reprend cet argument : « Dieu n’a fait aucune distinction entre eux et nous » (Ac 15, 9).<br />
Nous avons vu nous-mêmes se reproduire sous nos yeux le même prodige, à une échelle, cette fois, mondiale. Dieu a répandu son Esprit Saint sur des millions de croyants, appartenant à presque toutes les dénominations chrétiennes et, afin qu’il n’y ait aucun doute sur ses intentions, il l’a répandu avec exactement les mêmes manifestations, y compris la plus singulière qu’est le parler en langues. Il ne nous reste plus donc, à nous aussi,  qu’à tirer la même conclusion que Pierre : « Et si Dieu leur a fait le même don qu&#8217;à nous, qui sommes-nous pour continuer à dire des autres croyants chrétiens : ils n’appartiennent pas au corps du Christ, ce ne sont pas de vrais disciples du Christ ? »<br />
***<br />
Il nous faut voir en quoi consiste la voie charismatique vers l’unité. Voilà le programme que saint Paul a tracé à l’Eglise : « vivre dans la vérité de l&#8217;amour » (Ep 4, 15). Ce que nous devons faire, ce n’est pas passer par-dessus la question de la foi et des doctrines, pour nous retrouver unis sur le front de l’action commune de l’évangélisation et de l’engagement social. L’œcuménisme a fait l’expérience, à ses débuts, de ce chemin, et cela l’a conduit à l’échec. Les divisions ressurgissent bien  vite, inévitablement, même sur le front de l’action. Nous ne devons pas substituer la charité à la vérité, mais plutôt tendre à la vérité dans la charité, commencer à nous aimer pour mieux nous comprendre.<br />
Ce qui est extraordinaire, à propos de ce chemin œcuménique fondé sur l’amour, est qu’il est possible tout de suite, il est grand ouvert devant nous. Nous ne pouvons pas « brûler les étapes » en ce qui concerne la doctrine, parce qu’il y a des différences et qu’on les résout avec patience, dans des lieux appropriés. Nous pouvons cependant brûler les étapes dans la charité, et être unis, dès maintenant.<br />
C&#8217;est la seule « dette » que nous ayons les uns envers les autres (Rm 13, 8) Nous pouvons nous accueillir et nous aimer malgré les différences. Le Christ ne nous a pas commandé d’aimer seulement ceux qui pensent comme nous, qui partagent intégralement notre credo. Si vous aimez seulement ceux-là, nous a-t-il prévenus, que faites-vous de particulier que ne font pas aussi les païens ? (cf. Mt 5, 46).<br />
Nous pouvons nous aimer, car ce qui nous unit déjà est infiniment plus important que ce qui nous divise encore. C&#8217;est la même foi en Dieu Père, Fils et Esprit Saint qui nous unit ; Jésus Seigneur, vrai Dieu et vrai homme ; l’espérance commune de la vie éternelle, l’engagement commun pour l’évangélisation, l’amour commun pour le corps du Christ qu’est l’Eglise.<br />
Une autre chose importante nous unit : la souffrance commune et le martyre commun pour le Christ. Dans de nombreux endroits dans le monde, les croyants des différentes Eglises partagent les mêmes souffrances, endurent le même martyre pour le Christ. Ils sont persécutés et assassinés non parce qu’ils sont catholiques, anglicans, pentecôtistes ou autre, mais parce qu’ils sont « chrétiens ». Aux yeux du monde, nous sommes déjà un, et c’est une honte que nous ne le soyons pas aussi dans la réalité.<br />
Comment faire, concrètement, pour mettre en pratique ce message d’unité et d’amour ? Repensons à l’hymne à la charité de saint Paul (1 Co 13, 4s). Chacune de ses phrases acquiert une signification actuelle et nouvelle, s’applique à l’amour entre les membres des diverses Eglises chrétiennes, dans les relations œcuméniques :<br />
« L&#8217;amour prend patience…<br />
L’amour ne se vante pas…<br />
L’amour ne cherche pas son propre intérêt (sous-entendu : mais aussi celui des autres Eglises)…<br />
L’amour ne tient pas compte du mal reçu (sous-entendu : du mal reçu de la part d’autres chrétiens, mais plutôt de celui qui a pu leur être fait par nous). </p>
<p>« Heureux le serviteur qui ne se glorifie pas plus du bien que le Seigneur dit et opère par lui &#8211; disait saint François dans une de ses Admonitions – que du bien que le Seigneur dit et opère par un autre . » Puissions-nous dire à notre tour : Heureux le chrétien qui est capable de se réjouir du bien que le Seigneur fait par les autres Eglises, comme du bien qu’il fait par sa propre Eglise.</p>
<p>***</p>
<p>Le prophète Aggée donne un oracle qui semble écrit pour nous à ce moment de l’Histoire. Le peuple d’Israël vient tout juste de rentrer d’exil ; mais plutôt que de reconstruire ensemble la maison de Dieu, chacun se met à reconstruire et embellir sa propre maison. Dieu envoie alors son prophète avec un message de reproche :<br />
« Et pour vous, est-ce bien le temps d&#8217;être installés dans vos maisons luxueuses, alors que ma Maison est en ruine ? Et maintenant, ainsi parle le Seigneur de l&#8217;univers : Rendez votre cœur attentif à vos chemins ! Vous avez semé beaucoup, mais récolté peu […] Rendez votre cœur attentif à vos chemins ! Allez dans la montagne, rapportez du bois pour rebâtir la maison de Dieu. Je prendrai plaisir à y demeurer, et j&#8217;y serai glorifié &#8211; déclare le Seigneur. » (Ag 1, 4-8)<br />
Ce reproche s’adresse à nous aussi et nous pousse à la repentance. Ceux qui écoutèrent le discours de Pierre le jour de Pentecôte « ils eurent le cœur transpercé, et ils dirent à Pierre et aux apôtres : ‘Frères, que devons-nous faire ?’ Pierre leur répondit : ‘ Repentez-vous…et vous recevrez le don du Saint Esprit » (Actes 2, 37-38). Une effusion nouvelle du Saint Esprit ne sera pas possible sans un mouvement collectif de repentance de tous les chrétiens. Ce sera une des intentions principales de la prière qui suivra ce moment de partage<br />
Apres que le peuple d’Israël se repent et se met à reconstruire la maison de Dieu, le prophète Aggée est envoyé de nouveau, cette fois avec un message d’encouragement et de consolation :<br />
« Mais à présent, courage, Zorobabel ! &#8211; oracle du Seigneur. Courage, Josué fils de Josédeq, grand prêtre ! Courage, tout le peuple du pays ! &#8211; oracle du Seigneur. Au travail ! Je suis avec vous […] Mon esprit se tient au milieu de vous : Ne craignez pas ! » (Ag 2, 4-5)<br />
Le même message d’encouragement est adressé maintenant à nous et j’ose le faire résonner en ce lieu, non comme une simple citation biblique, mais comme Parole de Dieu vivante et efficace qui agit aujourd&#8217;hui et accomplit ce qu’elle signifie : « Courage pape François ! Courage chefs et représentants des autres confessions chrétiennes ! Courage à toi, peuple tout de Dieu, et au travail parce que je suis avec vous, dit le Seigneur ! Mon Esprit sera avec vous. »<br />
_____________________________________<br />
Traduction de l’Italien par Cathy Brenti</p>
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		<title>(Italiano) Cieli nuovi e terra nuova - II Domenica di Avvento</title>
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		<pubDate>Sun, 07 Dec 2014 05:44:51 +0000</pubDate>
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		<title>Premier dimanche de l&#039; Avent</title>
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		<pubDate>Sat, 29 Nov 2014 04:59:10 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc 13,33-37. Prenez garde, veillez : car vous ne savez pas quand viendra le moment. Il en est comme d\&#8217;un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et recommandé au portier de veiller. Veillez donc,[...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc 13,33-37. </p>
<p>Prenez garde, veillez : car vous ne savez pas quand viendra le moment.<br />
Il en est comme d\&#8217;un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et recommandé au portier de veiller.<br />
Veillez donc, car vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin.<br />
Il peut arriver à l\&#8217;improviste et vous trouver endormis.<br />
Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! »</p>
<p>La vie est un rêve</p>
<p>En ce temps-là Jésus dit à ses disciples : « Veillez donc, car vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin. Il peut arriver à l\&#8217;improviste et vous trouver endormis. Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! »</p>
<p>Cette manière de parler de Jésus sous-entend une vision du monde bien précise : le temps présent est comme une longue nuit ; la vie que nous y menons ressemble à un rêve ; l’activité frénétique que nous réalisons est en réalité un rêve. Un écrivain espagnol du XVIIe siècle, Pedro Calderón de la Barca, a écrit une œuvre théâtrale célèbre sur ce thème : « La vie est un songe » (Vida es sueño).</p>
<p>Notre vie reflète surtout la brièveté du rêve. Le rêve se déroule en dehors du temps. Dans le rêve les choses ne durent pas comme dans la réalité. Des situations qui nécessiteraient des jours et des semaines, adviennent dans le rêve en quelques minutes. C’est une image de notre vie : lorsqu’on vieillit on regarde en arrière et on a l’impression que tout s’est passé en un clin d’œil.</p>
<p>Une autre caractéristique du rêve est son aspect irréel ou vain. On peut rêver d’être à un banquet et de manger et boire à satiété ; mais lorsqu’on se réveille, la faim est toujours là.<br />
Un jour, un pauvre rêve qu’il est devenu riche : il exulte dans son rêve, il prend des airs importants, il méprise jusqu’à son propre père, faisant comme s’il ne le reconnaissait pas, mais au réveil, il se retrouve aussi pauvre qu’avant !</p>
<p>C’est ce qui se passe également lorsque l’on sort du rêve de cette vie. On peut avoir été très riche ici-bas mais à la mort on se retrouve exactement dans la situation de ce pauvre qui se réveille après avoir rêvé qu’il était riche. Que lui reste-t-il de toutes ses richesses s’il n’en a pas fait bon usage ? Rien.</p>
<p>Il y a une caractéristique du rêve qui ne s’applique pas à la vie : l’absence de responsabilité. Tu peux avoir tué ou volé dans ton rêve ; au réveil, il ne reste aucune trace de ta culpabilité ; ton casier judiciaire est toujours vierge. Dans la vie ce n’est pas ainsi, nous le savons bien. Ce que l’on fait dans la vie laisse des traces, et quelles traces ! Il est écrit en effet que « Dieu rendra à chacun selon ses œuvres » (Rm 2, 6).</p>
<p>Sur le plan physique il existe des substances qui « suscitent » et favorisent le sommeil ; ce sont les somnifères, que notre génération, malade d’insomnie, connaît bien. Sur le plan moral également, il existe un terrible somnifère. Il a pour nom l’habitude. L’habitude est comme un vampire. Le vampire – si l’on se base au moins sur ce que l’on croit – s’attaque aux personnes qui dorment et tout en leur suçant le sang il injecte en elles un liquide soporifique qui rend le sommeil encore plus agréable, si bien que le malheureux s’enfonce de plus en plus profondément dans le sommeil et le vampire peut sucer tout le sang qu’il veut. L’habitude au vice endort aussi la conscience. On ne sent même plus le remord, on est persuadé d’aller très bien et on ne se rend pas compte que l’on est en train de mourir spirituellement.</p>
<p>Le seul salut, lorsque ce « vampire » t’est tombé dessus, est que quelque chose vienne à l’improviste te tirer de ton sommeil. C’est ce que la parole de Dieu se propose de faire avec nous avec ces cris de réveil qu’elle nous fait entendre si fréquemment pendant l’Avent : « Veillez ! »</p>
<p>Nous terminons par une parole de Jésus qui nous ouvre le cœur à la confiance et à l’espérance : « Heureux ces serviteurs que le maître en arrivant trouvera en train de veiller ! En vérité je vous le dis, il se ceindra, les fera mettre à table et, passant de l’un à l’autre, il les servira ». (Lc 12, 37).</p>
<p>[Texte original : italien – Traduction réalisée par Zenit]</p>
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		<title>Le père Cantalamessa fait ses adieux aux lecteurs de Zenit…</title>
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		<pubDate>Fri, 21 Nov 2008 00:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>suorchiara</dc:creator>
				<category><![CDATA[Spiritualité]]></category>

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		<description><![CDATA[En offrant quelques précieux conseils pour méditer la Parole de Dieu ROME, Vendredi 19 novembre 2008 (ZENIT.org) &#8211; Le P. Raniero Cantalamessa OFM Cap., prédicateur de la Maison pontificale, publie ce vendredi sa dernière méditation de l&#8217;évangile du dimanche, pour Zenit. Se livrant à un énorme travail de préparation et de rédaction, le P. Cantalamessa[...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>En offrant quelques précieux conseils pour méditer la Parole de Dieu</p>
<p>ROME, Vendredi 19 novembre 2008 (ZENIT.org) &#8211; Le P. Raniero Cantalamessa OFM Cap., prédicateur de la Maison pontificale, publie ce vendredi sa dernière méditation de l&#8217;évangile du dimanche, pour Zenit.<br />
Se livrant à un énorme travail de préparation et de rédaction, le P. Cantalamessa a accompagné les lecteurs de Zenit dans leur méditation de la parole de Dieu, pendant trois ans. A présent que le cycle liturgique est achevé, et qu&#8217;il a fini de commenter tous les passages de la liturgie dominicale, il passe le flambeau, en nous donnant toutefois de précieux conseils pour apprendre à découvrir la parole de Dieu en ouvrant les pages de la Bible.</p>
<p>Zenit &#8211; Tout d&#8217;abord une question que se posent également nos lecteurs : comment faites-vous pour écrire vos homélies ?</p>
<p>P. Cantalamessa &#8211; [en riant...] Comment je fais ? Je lis la Parole de Dieu. Avant de penser à mes propres réflexions, je m&#8217;attarde sur la Parole de Dieu, pour savoir quel est le message qui, au moment où nous nous trouvons, où je me trouve moi, ressort de cette Parole.</p>
<p>En général, il s&#8217;agit au début d&#8217;une petite lumière qui s&#8217;allume et petit à petit prend forme, se renforce et éclaire en révélant un rapport avec la situation et le problème que l&#8217;on doit traiter sur le moment.</p>
<p>Un climat de prière, d&#8217;écoute de l&#8217;Esprit Saint est une aide importante. C&#8217;est Lui qui a inspiré la Sainte Ecriture, Il est le seul à savoir l&#8217;expliquer et l&#8217;appliquer au monde d&#8217;aujourd&#8217;hui.</p>
<p>Zenit &#8211; Que conseillez-vous à un chrétien qui désire méditer la Parole pour en tirer des leçons pour sa propre vie, ou pour prendre des décisions utiles pour vivre sous le regard de Dieu ?</p>
<p>P. Cantalamessa &#8211; Cela dépend un peu de la situation de cette personne, de ses devoirs. S&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une utilisation uniquement personnelle pour sa propre vie, le mieux est de commencer par tirer parti de la Parole de Dieu que l&#8217;Eglise nous propose à travers la liturgie : la liturgie des heures, la messe&#8230;Car pour nous parler, le Seigneur se sert souvent du choix de l&#8217;Eglise, des lectures du jour.</p>
<p>En prêtant une oreille attentive aux lectures du jour on y trouve souvent la réponse à un problème particulier. Il arrive que certaines paroles semblent tellement sur mesure qu&#8217;on se dit qu&#8217;elles ont été écrites pour nous. Valoriser donc non pas le choix personnel, mais le choix communautaire fait par l&#8217;Eglise dans la liturgie.</p>
<p>Ensuite il y a le choix personnel, à savoir relire des passages de l&#8217;Ecriture qui, dans le passé, ont eu une certaine importance pour nous, qui nous ont parlé. Souvent le Seigneur revient nous parler à travers les mêmes textes pour nous dire des choses toujours nouvelles et adaptées aux situations que nous sommes en train de vivre. Valoriser donc des Paroles de Dieu qui nous ont un jour apporté des indications importantes.</p>
<p>Puis il y a un autre moyen, volontiers utilisé par le Renouveau charismatique, mais pas seulement, qui est le suivant : après avoir prié, faire un acte de foi, ouvrir la Bible avec la pensée d&#8217;y trouver une réponse du Seigneur, ou parfois même prendre des décisions en fonction de la Parole de Dieu sur laquelle nous tombons.</p>
<p>Il ne s&#8217;agit pas d&#8217;un moyen inventé par le Renouveau charismatique à notre époque. C&#8217;est aussi par exemple ce que fit saint Augustin. Au moment crucial de sa conversion, il tenait entre les mains les lettres de saint Paul et il était décidé en les ouvrant à voir la volonté de Dieu dans le premier passage qu&#8217;il lirait. Son regard tomba sur le passage de Romains 13 : « pas de luxure ni de débauche », mais « revêtons les armes de lumière ». Aussitôt, il se sentit envahi d&#8217;une lumière et d&#8217;une sérénité telles qu&#8217;il comprit qu&#8217;il pouvait désormais vivre dans la chasteté.</p>
<p>C&#8217;est également ce qui arriva à saint François. Alors qu&#8217;il ne savait pas encore quoi faire, il entra dans une église et ouvrit trois fois l&#8217;Evangile. A chaque fois il tomba sur un passage relatant l&#8217;envoi en mission des apôtres sans bâton, sans besace, sans argent, sans deux tuniques. Il dit alors : c&#8217;est ce que le Seigneur veut pour moi. Les exemples se multiplient jusqu&#8217;à nos jours. Un jour où Thérèse de Lisieux ne savait pas quoi faire, elle ouvrit la Lettre aux Corinthiens et y découvrit sa vocation à être le cœur, à être l&#8217;amour.</p>
<p>J&#8217;ai moi-même reçu tant de confirmations personnelles et je sais que d&#8217;autres aussi ont eu des confirmations et trouvé la Parole de Dieu dans la Bible.</p>
<p>Je ne me lasse jamais de raconter cette histoire très sympathique. Alors que je prêchais une mission en Australie, un ouvrier, une personne très simple, est venu me voir le dernier jour ; il y avait, me dit-il, un gros problème dans sa famille. Il avait un fils de 11 ans et sa femme, devenue témoin de Jéhovah, ne voulait pas qu&#8217;il soit baptisé.</p>
<p>« Que dois-je faire ? » m&#8217;avait-il demandé. « Si je le fais baptiser, il y aura un problème, si je ne le fais pas baptiser, je ne me sentirai pas tranquille parce que lorsque nous nous sommes mariés, nous étions tous deux catholiques ».</p>
<p>Je lui ai répondu : « Donne-moi une nuit pour réfléchir ». Le lendemain, il est revenu en m&#8217;annonçant : « Mon père, j&#8217;ai trouvé la solution. Hier, quand je suis rentré chez moi, j&#8217;ai prié, puis j&#8217;ai ouvert la Bible. Je suis tombé sur le passage où Abraham conduit son fils pour être immolé. Et j&#8217;ai vu qu&#8217;Abraham n&#8217;avait rien dit à sa femme ».</p>
<p>C&#8217;était un discernement parfait : en effet, selon les rabbins, si Abraham ne dit rien, c&#8217;est pour éviter que sa femme l&#8217;empêche d&#8217;obéir à Dieu. Je baptisai moi-même l&#8217;enfant.</p>
<p>Il faut, bien entendu, éviter une utilisation magique de l&#8217;Ecriture, de l&#8217;ouvrir à la légère, sans avoir prié. L&#8217;usage de l&#8217;Ecriture ne peut se faire que si l&#8217;on vit dans un climat spirituel d&#8217;obéissance à Dieu. On ne plaisante pas avec Dieu, on n&#8217;interroge pas Dieu pour rire, mais d&#8217;abord si l&#8217;on est décidé à faire ce qu&#8217;Il nous fera comprendre.</p>
<p>Il existe tant de méthodes, de la méthode publique à la méthode plus personnelle, pour orienter notre vie avec la Parole de Dieu.</p>
<p>Zenit &#8211; Nous publions vos homélies dans nos sept langues depuis trois ans et nous recevons des milliers de messages de remerciement de nos lecteurs. Qu&#8217;a représenté pour vous cette expérience, depuis cette nouvelle chaire que constitue Internet ?</p>
<p>P. Cantalamessa &#8211; Ce fut pour moi aussi une découverte car au départ je ne pensais pas &#8211; vous non plus peut-être &#8211; qu&#8217;il y aurait eu un tel accueil. Puis, en faisant le tour du monde, je me suis rendu compte que ceux qui ne me connaissaient pas personnellement, me connaissaient pour la plupart à travers Zenit, à travers ces commentaires des Evangiles. Du désert de l&#8217;Arizona jusqu&#8217;en Afrique, de l&#8217;Asie jusqu&#8217;en France, bref partout dans le monde.</p>
<p> D&#8217;une part, cela a été pour moi une heureuse découverte et pour vous, je crois, un encouragement. C&#8217;est aujourd&#8217;hui un moyen important pour véhiculer l&#8217;Evangile. Ils sont beaucoup plus nombreux que nous le pensons les gens qui sont en quête de ces contenus bibliques, évangéliques, sur Internet, et les utilisent. Il s&#8217;agit là d&#8217;une utilisation très concrète, car beaucoup s&#8217;en servent pour se préparer à la messe, certains prêtres pour préparer leur homélie. Ces commentaires ne sont pas seulement utiles pour celui qui les lit, parce que, à son tour, il les adapte, les repropose, n&#8217;en fait pas une lecture littérale. C&#8217;est une graine qui tombe dans de nombreux cœurs.</p>
<p>Zenit &#8211; Un dernier mot aux lecteurs de Zenit, qui vont maintenant se sentir orphelins ?</p>
<p>P. Cantalamessa &#8211; J&#8217;ai l&#8217;intention de publier tous ces commentaires dans un volume car on me l&#8217;a demandé. Certains ont été publiés par Zenit, d&#8217;autres seront nouveaux ou présentés à la télévision. Ce sont des commentaires du même style, courts, d&#8217;une page chacun, qui sortiront en un volume. Les lecteurs en prendront connaissance en temps voulu. Ainsi, celui qui le désire pourra y revenir Mais si vous avez la possibilité de les poursuivre par quelqu&#8217;un d&#8217;autre, j&#8217;invite les lecteurs à les lire et les écouter&#8230;</p>
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		<title>Saint François et la Création</title>
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		<pubDate>Wed, 15 Nov 1989 00:00:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>suorchiara</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Voici le texte d&#8217;une Conférence donnée en Suisse, à Sion dans le Valais, par le Père Raniero CANTALAMESSA, capucin Italien de renom, le 15 novembre 1989. Nous avons simplement allégé le texte çà et là des quelques notations ou remarques propres au style oral ou au rapport habituel d&#8217;un Conférencier à son public. Et les[...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Voici le texte d&#8217;une Conférence donnée en Suisse, à Sion dans le Valais, par le Père Raniero CANTALAMESSA, capucin Italien de renom, le 15 novembre 1989.<br />
Nous avons simplement allégé le texte çà et là des quelques notations ou remarques propres au style oral ou au rapport habituel d&#8217;un Conférencier à son public. Et les sous-titres sont de la rédaction.</p>
<p>UN REGARD NOUVEAU</p>
<p>Ecoutons d&#8217;abord François lui-même Voici comment sont décrites dans la Légende de Pérouse (LP 43) les condi¬tions dans lesquelles a été composé le Cantique des créatures<br />
&#8230; Aussi pourla gioire de Dieu- c&#8217;est François lui-même qui parle -pourma consolation et I&#8217;édification du prochain, je veux composer une nouvelle &laquo;&nbsp;Laude du Seigneur&nbsp;&raquo; pour ses créatures. Chaque jour celles-ci servent à nos besoins, sans elles nous ne pourrions vivre, et par elles le genre humain offense beaucoup le Créateur. Chaque jour aussi nous méconnaissons un si grand bienfait en ne louant pas comme nous le devrions le Créateur et dispensateur de tous ces dons ». 11 s&#8217;assit, se concentra un moment, puis s&#8217;écria<br />
&laquo;&nbsp;Très haut, tout puissant et bon Seigneur, à toi louange, gioire, honneur<br />
et tonte bénédiction ;<br />
à toi seni ils conviennent, ö Très-Haut, et nul homme n&#8217;esi digne de te nommer. Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures, spécialement messire frère Soleil,<br />
par qui tu nous donnes le jour, la lumière ;<br />
il est beau, rayonnant d&#8217;une grande splendeur, et de toi, le Très-Haut, il nous offre le symbole. Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sceur Lune et les étoiles dans le ciel tu les as formées,<br />
claires, précieuses et belles.<br />
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Vent, et pour fair et pour les nuages,<br />
pour 1&#8242;azur calme et tous les temes ;<br />
grâce à eux tu maintiens en vie toutes tes créatures. Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sceur Eau,<br />
qui est très utile et très humble, précieuse et chaste.<br />
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Feu par qui tu éclaires la nuit<br />
il est beau et joyeux, indomptable et fort. Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sc~ur notre~mère la Terre qui nous porte et nous nourrit,<br />
qui produit la diversité des fruits, avec les fleurs diaprées et les herbes. Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi ; qui supportent épreuves et maladies heureux s&#8217;ils conservent la paix,<br />
car par toi, le Très-Haut, ils seront couronnés.<br />
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sur la Mort corporelle à qui nul homme vivant ne peut échapper.<br />
Malheur à ceux qui meurent en péché mortel ; heureux ceux quelle surprendra faisant ta volonté, car la seconde mort ne pourra leur nuire.<br />
Louez et bénissez mon Seigneur, rendez-lui grâce et servez-le<br />
en tonte humilité ! N<br />
On pourrait montrer comment chague adjectif, chague mot de ce Cantique a une signification particulière. Aucun n&#8217;est anodin, sans contenu. Par exemple, pourquoi François dit-il que I&#8217;eau est « très humble H ? II avait sans doute contem¬plé I&#8217;eau et y avait vu le symbole de (&#8216;humilité, parce que I&#8217;eau par elle-même ne monte jamais, elle tend toujours à descendre, à occuper la dernière place. C&#8217;est Gomme Dieu : François nous dit que Dieu aussi est « humilité H, quoique cela puis¬se nous paraître étonnant ; mais Dieu aussi, de la place où il est, ne peni pas s&#8217;élever puisqu&#8217;il n&#8217;y a ríen au-dessus de lui. Si Dieu fait quelque mouvement, ce ne pourra être que pour descendre, dans (&#8216;humilité ; et François voyait tonte I&#8217;his¬toire du salut Gomme I&#8217;histoire des « humiliations » de Dieu. II disait : n Regardez, frères, (&#8216;humilité de Dieu lorsqu&#8217;il crée le monde, lorsqu&#8217;il inspire les Ecritures, lors¬<br />
qu&#8217;il descend dans le sein de la Vierge, lorsqu&#8217;il vient sur 1&#8242;autel H. C&#8217;est toujours cette humilité qui tend à descendre ; pas seulement à descendre pour descendre, mais à descendre pour servir, par amour, pour être au même niveau que les autres.<br />
Un très beau passage du tout premier biographe du saint, Thomas de Cela¬no, nous sígnale la nouveauté pour I&#8217;époque de I&#8217;attitude de François<br />
n En toute c~uvre, il admirait 1&#8242;Ouvrier&#8230; 11 savait dans une belle chose contem¬pler le Très Beau ; tout ce qu&#8217;il rencontrait de bon lui chantait : &laquo;&nbsp;Celui qui m&#8217;a fait, Celui-là est le Très Bon&nbsp;&raquo;. 11 poursuivait à la trace son Bien-Aimé en tout lieu de sa création, se servant de tout 1&#8242;univers comme d&#8217;une échelle pour se hausser jus¬qu&#8217;au trône de Dieu. On n&#8217;avait jamais vu pareille affection pour toutes les créa¬tures &#8211; c&#8217;était donc pour les contemporains quelque chose de nouveau, même dans I&#8217;histoire de la sainteté chrétienne &#8211; 11 leur parlait du Seigneur- il leur parlait vraiment, même aux créatures inanimées &#8211; et les invitait à la louange. Pour ne pas éteindre de sa main les clartés qui sont le symbole de la Lumière éternelle, il laissait brúler cierges, lampes ou flambeaux&#8230; Quand les frères allaient couper du bois, il leur défendait d&#8217;abattre le tronc, afín que celuj-ci pOt donner de nouvelles frondai¬sons. Le jardinier devait laisser en friche une bande de terrain autour du potager afín que la verdure et les fleurs vinssent y proclamer, la saison venne, combien est grande la beauté du Père de toutes choses ; il fallalt réserver une píate-bande aux fleurs et aux plantes aromatiques pour rappeler à ceux qui viendraient s&#8217;y promener le partum de 1&#8242;éternelle Suavité. 11 ramassait les vers sur le chemin, de peur de les voir écrasés par les passants. Pour que les abeilles ne meurent pas de faim durant 1&#8242;hiver, il leur falsali porter du miel et du bon vin. 11 appelait frère n&#8217;importe quel ani¬mal ; il avait une prédilection cependant pour les plus doux dentre eux ~ (2 Celano 165).<br />
Suit une série d&#8217;épisodes : comment François racheta une brebis, un oiseau, et comment les animaux rendaient à François son amitié, lui montraient leur reconnaissance, leur gratitude pour son amour et son affection.<br />
Saint François, une exception dans le christianisme ?<br />
En 1979, le pape Jean-Paul II proclama saint François patron de I&#8217;écologie et des écologistes. Depuis lors, chague fois que les chrétiens s&#8217;occupent de la sau¬vegarde de la création, on cite saint François.<br />
Mais I&#8217;écologie de saint François n&#8217;est pas un domaine de tout repos, un domaine sans problèmes. Ces problèmes, avant tout théologiques, ne concernent pas sa personne, mais regardent le christianisme, la foi chrétienne dans laquelle François, bien sùr, est inséré.<br />
En 1966, parut en Amérique un article de Linn White qui fit grand bruit, dans lequel il affirmait que le christianisme, disons la foi biblique, était en fait le dernier responsable de la crise écologique du monde moderne. Et la raison qu&#8217;il en don¬nait était que le christianisme avait inversé le rapport entre I&#8217;homme et I&#8217;univers qui était dominant dans le monde gréco-païen, et en général dans toutes les autres cultures et religions. Dans le monde païen, disait-il, c&#8217;était le cosmos, la nature qui venait en premier, qui était la valeur suprême, et I&#8217;homme était consi¬déré comme étant en référence, au service de la création, comme un être infini¬ment plus petit et de moindre valeur, moins précieux que le cosmos et la création. Alors que le christianisme et la foi biblique disent le contraire : la nature et le cos¬mos sont pour I&#8217;homme, et non I&#8217;homme pour la nature. Aussi I&#8217;homme occupe-t¬il la première place, il est le roí de la création. Cette conviction se fonde surtout sur le célèbre verset de la Genèse où Dieu dit à I&#8217;homme de se multiplier, de remplir la terre et de la dominer. C&#8217;est à ce verset, disait le savant Linn White, que s&#8217;origine ce qui est maintenant advenu dans notre culture : I&#8217;homme, par sa domination, a gaspillé la création, a compromis son équilibre et I&#8217;a détruite. Or saint François, poursuit-il, a voulu réagir contre cette conception des choses. Donc, François se situerait en dehors de la tradition chrétienne, ayant voulu proclamen une sorte de démocratie pour toutes les créatures. La création ne serait plus une monarchie, I&#8217;homme n&#8217;en serait plus le noi et les créatures ne seraient plus à son service. La création deviendrait une démocratie où toutes les créatures auraient la même valeur.<br />
On a réfuté ces raisonnements. II est vrai que la Bible a inversé les rapports entre I&#8217;humanité et le cosmos, et a glacé I&#8217;homme au-dessus de la création maté¬rielle. Mais il n&#8217;est gas vrai que le christianisme, ce faisant, ait détruit une relation idyllique entre la nature et I&#8217;homme, pour la bonne raison que cette relation idyl¬lique n&#8217;a jamais existé. La nature et I&#8217;homme se sont toujours situés dans des rap¬ports de tutte à cause du péché, et c&#8217;est le péché qui est laissé complètement en dehors de cette vision des choses.<br />
D&#8217;ailleurs, on pourrait aussi objecter que cette vision d&#8217;un paganisme situant la nature au-dessus de I&#8217;homme est plutôt erronée, parce que, dans le paganis¬me, les deux courants fondamentaux qui existaient, le courant platonicien et le courant stoïcien, exprimaient tous deux sur ce sujet des positions très dures et même néfastes pour I&#8217;homme. Dans la vision platonicienne, le cosmos est quelque chose de très beau, mais on y trouve un dualisme insoluble entre I&#8217;esprit et la chair, I&#8217;esprit et la matière. La matière est quelque chose de mauvais, fruit d&#8217;un dieu mauvais ou pour le moins inférieur, et le salut consiste à s&#8217;évader de la matière, à fuir ce monde où I&#8217;on se considère comme étranger. La mort est alors la vraie libération, parce que en mourant, I&#8217;homme sort du tombeau, qui est juste¬ment son corps. Evidemment, dans une fette vision, il n&#8217;y a gas de place pour le respect de la création, ni méme la possibilité pour François de s&#8217;émerveiller<br />
devant la création. Au contraire, François réagit probablement contre les consé¬quences de cette vision dualiste platonicienne, qui était très vívante dans le milieu cathare de son époque en Italie.<br />
Dans la vision stoïcienne, le monde est également très beau. II est I&#8217;ouvrage par excellence de Dieu, mais il s&#8217;agit d&#8217;une vision immanente, moniste, dans laquelle il n&#8217;y a pas de distinction entre I&#8217;esprit et la matière. Et c&#8217;est une vision<br />
d&#8217;un monde soumis à la nécessité, à la fatalité. Nous devons donc à nouveau remercier le christianisme d&#8217;avoir brisé ces cercles terribles du « fatum », du des¬tin, de la nécessité.<br />
Ainsi donc François ne se situe pas en dehors de la tradition biblique chrétien¬ne. Au contraire, il en est I&#8217;expression parfaite. II est I&#8217;interprète de potentialités qui étaient en attente dans la vision chrétienne, et pas encore explorées avant lui.<br />
Le fondement de ce nouveau regard<br />
Au coeur de cette perspective qui nous afide à situer François, non comme une exception ou une réaction à la tradition chrétienne, mais comme son expres¬sion la plus originale et la plus parfaite, nous voudrions maintenant tenter d&#8217;entrer<br />
dans sa vision, et tâcher de comprendre comment il a pu regarder la création de Dieu avec cet esprit nouveau d&#8217;homme nouveau, et en quoi consiste cette origina¬lité, de quel principe elle procède.<br />
Disons d&#8217;abord qu&#8217;on peut s&#8217;occuper d&#8217;écologie à trois niveaux différents. Au niveau scientifique tout d&#8217;abord, qui souvent est aussi politique, parce que les poli¬ticiens tâchent de prendre les conclusione de la science pour les rendre opéra¬<br />
tionnelles. Dans ce cas, la création est plutôt envisagée au niveau physique, dans ses ressources, ses composants, etc. II y a ensuite une écologie éthique, qui s&#8217;occupe principalement d&#8217;écologie dans le sens des devoirs, des responsabilités humaines face, par exemple, à la sauvegarde de la création de Dieu. Enfin, il y a un troisième niveau, qui est le niveau théologique. Nous pourrions aussi I&#8217;appeler le niveau spirituel, et c&#8217;est à ce niveau que se situe François dans I&#8217;écologie. A la limite, on ne devrait même gas parlen d&#8217;écologie pour François, parce qu&#8217;il n&#8217;a jamais pensé qu&#8217;il y ait dans son amour pour les créatures quelque chose à situer en dehors du cadre de la foi. Mais nous avons le droit de voir saint François tout au moins comme un précurseur de cet intérêt moderne, spirituel et théologique pour I&#8217;écologie.<br />
II y a dans I&#8217;introduction de la version française des Ecrits de saint François une phrase extrêmement intéressante du P. Damien VORREUX (&#8216;) qui nous afide beaucoup à pénétrer I&#8217;esprit de François. « Saint François, dit-il, a voulu meare le<br />
monde en état de fraternité et en état de louange ». Je crois que cela nous afide<br />
beaucoup à comprendre vraiment les racines de I&#8217;amour de François pour la création, de son émerveillement, de son écologie.</p>
<p>METTRE LE MONDE EN ETAT DE FRATERNITE</p>
<p>Par la grâce de Dieu<br />
Les sentiments tout naturels de son ccaur, Bit saint Bonaventure, suffisaient déjà à le rendre fraternel pour toute créature ; il ne faut pas s&#8217;étonner que, dans I&#8217;amour du Christ, il soit devenu davantage encone le frère des hommes, que le Créateur a faits à son image. Rien n&#8217;est plus important, disait-il, que de sauver les âmes, et il en donnait pour preuve la croix sur laquelle, pour sauver les âmes, le Fils de Dieu voulut mourir ~ (LM 9,4).<br />
Ainsi François était déjà, par nature et par tempérament, porté à la fraternité, mais cette inclination devint beaucoup plus forte par la grâce de Dieu. Et c&#8217;est par la grãce de Dieu qu&#8217;il voulut être le frère de tous les hommes et de toutes les créa¬tures.<br />
Bien avant la Révolution française François a découvert la fraternité. Et ce qui la caractérise c&#8217;est que la fraternité de François est universelle. En fait, là aus¬si, tout en se situant dans la tradition chrétienne, François la fait progresser, parce que, dans la tradition chrétienne, est un frère, au sens strict du terme, uniquement celui qui partage la même foi, a reçu Je même baptême et est membre du Christ. Or François pousse ce concept de fraternité beaucoup plus loin. Par exemple, les lépreux sont appelés frères par lui, les brigands aussi, les sarrasins également, de même que les animaux et toutes les créatures : le soleil est frère Soleil, la lune est sceur Lune, I&#8217;eau est soeur Eau, la terre est sceur notre mère la Terre.<br />
Ainsi, ce sentiment de fraternité n&#8217;était gas seulement le produit spontané d&#8217;un tempérament. On sait que, du vivant de François, I&#8217;Eglise et le monde étaient traversés de tensions très fortes. II y avait nombre de mouvements héré¬tiques. Le mot « chrétien » était très chargé de polémique. Nous savons que d&#8217;autres saints, en ce temes-là, avaient pour mission de combattre et de suppri¬mer les hérésies. C&#8217;était I&#8217;époque des croisés : on allait en Orient pour vaincre les sarrasins et délivrer le Saint Sépulcre de Jésus. Or là aussi François fait excep¬tion. II se joint à une croisade ; mais le moment venu, il quitte I&#8217;armée et seul, sans arme, démuni, il s&#8217;en va vers le Sultan pour lui annoncer I&#8217;amour du Christ. II n&#8217;a accepté de considérer comme ennemi ni ríen ni personne. Vraiment, de ce point de vue, François fait exception, parce que en général les saints sont aussi fils de leur époque. Nous découvrons, même chez les très grands, des limites culturelles qui sont celles de leur époque. François, lui, donne I&#8217;impression d&#8217;avoir été vrai¬ment libéré par le Seigneur, non par ses mérites, mais par la grãce de Dieu. II<br />
pourrait dire comme saint Paul : « C&#8217;est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis N, parce qu&#8217;il était très conscient que ce n&#8217;était pas par lui-même qu&#8217;il était devenu une exception, mais que c&#8217;était Dieu qui avait voulu faire de lui un être d&#8217;exception, pour donner la mesure de la puissance de sa grâce. L&#8217;Evangile est le seul canevas qui peut nous aider à expliquen saint François.<br />
Alors, évidemment, dans cette perspective, I&#8217;esprit de fraternité, son amour pour les créatures est une chaine qui part des âmes, les âmes des hommes, qui relie les pécheurs, les pauvres, les ennemis et arrive aussi aux créatures. Ainsi les<br />
créatures ne sont pas une exception, frère Soleil n&#8217;est pas une exception, il n&#8217;est pas isolé, il est I&#8217;aboutissement d&#8217;un mouvement d&#8217;unité.<br />
François, pour moi, ressemble beaucoup, de ce point de vue, à un des pre¬miers évêques de France, saint Irénée de Lyon, qui présentait ce caractère très particulier, unique parmi les Pères de I&#8217;Eglise à son époque, de posséder le senti¬<br />
ment de I&#8217;unité : non seulement d&#8217;en avoir I&#8217;idée, la notion, I&#8217;argument et les rai¬sons théologiques, mais bien d&#8217;éprouver le sentiment de I&#8217;unité. II devait lutter pour maintenir ensemble l&#8217;ancien et le nouveau Testaments, la création et la rédemption, parce que en ce temes-là il y avait les gnostiques, qui étaient platoni¬ciens, donc dualistes, et qui voulaient dissocier et opposer le Dieu de l&#8217;ancien Testament et le Dieu du nouveau, la création étant I&#8217;oeuvre d&#8217;un Dieu mauvais ou inférieur, et la Rédemption I&#8217;oeuvre d&#8217;un Dieu bon et doux. Irénée est I&#8217;homme de I&#8217;unité, il a le sentiment de I&#8217;unité et a toujours accentué I&#8217;unité. François, dans un lieu culturel différent, a le même sentiment de I&#8217;unité.<br />
L&#8217;unité par la source<br />
D&#8217;où vient ce sentiment de I&#8217;unité ? Ce n&#8217;est pas I&#8217;intuition, comme chez Bergson, d&#8217;une unité organique. C&#8217;est quelque chose que François a guisé là aus¬si dans I&#8217;Evangile et dans la révélation directe de Jésus. François pourrait faine<br />
siennes les paroles de saint Paul : n Ma doctrine, je ne 1&#8242;ai gas apprise des hommes, mais par révélation de Dieu ~. Sa doctrine, son attitude, François ne les a puisées ni chez les hommes ni dans son cceur. Elle vient de Dieu. D&#8217;où vient ce sentiment de I&#8217;unité, de fraternité universelle ? Simplement du fait que François a découvert Dieu. S&#8217;il a rejoint une unité aussi profonde, c&#8217;est que son âme s&#8217;est pour ainsi dire soudée avec Dieu. Alors, il comprend que tout descend d&#8217;une façon différente ou de ruisseaux différents de la mëme source, qui est le coeur de Dieu créateur ; et que tout revient à la même source. Tout vient de la Trinité de Dieu et tout retourne à Dieu. Toute I&#8217;histoire du monde est enfermée entre ces deux mouvements : la sortie des créatures de Dieu, et le retour de toute créature vers Dieu. François a perçu ces deux mouvements dans le monde, ila vu que toutes les créatures venaient de Dieu, comme lui, et comme lui allaient à Dieu, en sa compagnie. Alors, on était nécessairement frères et soeurs.</p>
<p>METTRE LE MONDE EN ETAT DE LOUANGE</p>
<p>La deuxième source de I&#8217;attitude de François face à la création, c&#8217;est qu&#8217;il a voulu mettre le monde en état de louange. II a secoué le ciel et la terre en disant à tout ce qu&#8217;il rencontrait : « Louez et bénissez&#8230; remerciez mon Dieu,&#8230; remerciez¬le humblement,&#8230; servez-le humblement,&#8230; louez-le ! ». On a un peu I&#8217;impression que, chez lui, c&#8217;est I&#8217;esprit le meilleur de certains psaumes qui revit, ces psaumes qui réellement secouent le ciel, la terre, les iles, en les entraînant vers la louange de Dieu.<br />
II écrit aussi, par exemple, une Lettre aux chefs des peuples, où il leur suggè¬re au nom de Dieu une chose assez curieuse : « A I&#8217;intention du peuple qui vous est confié, rendez au Seigneur ce témoignage public de vénération : chaque soir, faltes proclamer par un crieur public, ou avertissez par quelque autre signal &#8211; par cloche par exemple &#8211; que tout le peuple alt à rendre louange et grâces au Seigneur Dieu Tout-Puissant ». On n&#8217;ose plus aujourd&#8217;hui faire sonner les cloches dans nos villes de peur de réveiller les gens ! François, lui, pensait qu&#8217;on ne pouvait termi¬ner la journée sans avoir rendu grâce.<br />
L&#8217;unité de I&#8217;Esprit<br />
A nouveau nous lisons dans les Ecrits de François un texte qui va nous per¬mettre d&#8217;entrer quelque peu dans son esprit de prière, I&#8217;Exhortation à la louange de Dieu<br />
Craignez le Seigneur et rendez-lui hommage.<br />
Digne est le Seigneur de recevoir honneur et louange. Vous tous qui Craignez le Seigneur, louez-le.<br />
Salut, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi. Louez-le, ciel et toute la terre. »<br />
L&#8217;esprit de François passe des hommes, de I&#8217;histoire du salut, de Marie, aux autres créatures, comme si c&#8217;était un même univers. C&#8217;est I&#8217;univers de I&#8217;Esprit. Cette unité, c&#8217;est ce que saint Paul et le Nouveau Testament appellent I&#8217;« unité de<br />
I&#8217;Esprit », qui est une unité au-dessus de I&#8217;histoire, au-dessus de la chronologie, mais une unité très forte parce que I&#8217;Esprit est au-dessus de I&#8217;histoire. II n&#8217;y a pas d&#8217;hier, d&#8217;aujourd&#8217;hui, de demain, I&#8217;Esprit est unique et éternel. C&#8217;est pour cela que François, dans cette unité de I&#8217;Esprit, peut invoquer Marie, puis les âmes, puis les fleuves et toutes les créatures<br />
K Louez-le, ciel et toute la terre.<br />
Tous les fleuves, louez le Seigneur ».<br />
Lorsque nous entendons François nous dire : n Vous tous qui entendez ceci, bénissez le Seigneur ! » nous devrions sentir immédiatement le besoin de rentrer dans notre coeur et de bénir le Seigneur. Sinon, nous restons toujours sur le plan<br />
des idées en nous disant : « Je le feral après, ou quelqu&#8217;un d&#8217;autre le Pera ». Fran¬çois faisait exactement le contraire, il était I&#8217;homme des actes, I&#8217;homme de la véri¬té ; non celui des idées, mais de la réalité.<br />
Toutes les créatures, bénissez le Seigneur, tous les oiseaux du ciel, louez le Seigneur, tous les enfants, louez le Seigneur,<br />
jeunes gens et jeunes filies, louez le Seigneur. Digne est I&#8217;Agneau immolé<br />
de recevoir louange, honneur et gioire.<br />
Bénie soit la sainte Trinité et (&#8216;indivisible Unité.<br />
Saint Michel Archange, défends-nous dans le combat.<br />
Un péché-mère, 1&#8242;impiété<br />
II y a dans cet appel à la louange universelle quelque chose qui pulse très profondément dans la tradition chrétienne et biblique. Saint Paul, au commence¬ment de sa Lettre aux Romains, nous Bit qu&#8217;il n&#8217;y a qu&#8217;un seul péché vraiment radi¬cal, un péché-mère qui est à la racine de tous les péchés, et il cappelle I&#8217;impiété la colère de Dieu se manifeste envers toute impiété des hommes qui détiennent la vérité prisonnière de 1&#8242;injustice ». II y a une façon de tenir la vérité de toutes choses prisonnière de I&#8217;injustice qui consisue le péché de fond, I&#8217;impiété, et Paul nous Bit en quoi consiste ce péché foncier. II consiste dans le fait de connaître Dieu, mais de ne pas lui rendre grâce, et de ne pas lui rendre gioire comme il convient à Dieu. Ce n&#8217;est donc pas tellement le péché des impies, des athées, c&#8217;est plutôt le péché de ceux qui, tout en connaissant Dieu, tout en sachant que Dieu existe, ne lui don¬nent pas gioire, ne lui rendent pas grâce comme il convient à Dieu.<br />
Ainsi, le péché fondamental est de ne pas rendre gioire à Dieu, de tenir la vérité prisonnière de I&#8217;injustice, la vérité que Dieu est Dieu et que nous sommes des créatures, que Dieu est infiniment grand et que nous lui devons tout, que nous devons donc le louer, le remercier de tout ce que nous sommes et de tous ce que nous avons. La vérité, c&#8217;est cela. Alors ne pas louer Dieu, c&#8217;est tenir cette vérité prisonnière de I&#8217;injustice, car alors I&#8217;homme se place au même niveau que Dieu, c&#8217;est-à-dire qu&#8217;il se rend gioire à lui-même, qu&#8217;il est plus préoccupé de se glorifier et d&#8217;être glorifié par les autres que de glorifier Dieu.<br />
Ce péché fondamental, évidemment, n&#8217;est pas loin de nous ; Paul Bit que c&#8217;est le péché de tout homme. n Tous ont péché &#8211; de ce péché-là &#8211; et sont privés de la gioire de Dieu ». Et c&#8217;est pour cela que tous ont besoin de la rédemption du Christ. Nous aussi, nous sommes souvent plus préoccupés de recevoir gioire que de donner louange à Dieu, et nous tombons dans I&#8217;impiété. Luther avait raison de dire que nous sommes justes et pécheurs en même temps ; nous serions toujours en danger, si la grâce de Dieu ne nous maintenait pas dans le salut.<br />
Alors, sur cet arrière-fond, on volt que I&#8217;attitude de François n&#8217;est pas quelque chose d&#8217;accidentel. C&#8217;est la nouveauté chrétienne, c&#8217;est I&#8217;activité de I&#8217;homme nouveau, c&#8217;est le mystère de la piété :rendre gioire à Dieu, ce qui est le contraire du mystère de I&#8217;impiété. C&#8217;est la vérité de tonte chose. François, homme nouveau, rendu nouveau par la grâce de Dieu, est celui qui délivre, qui libère la vérité prisonnière. II ione Dieu, il le bénit et entraîne toutes les créatures dans ce mouvement de louange. Et c&#8217;est justement dans ce mouvement qu&#8217;il embrasse aussi les créatures inanimées, non seulement comme des instruments de I&#8217;hom¬me, des possessions qui sont au service de I&#8217;homme, mais comme des parte¬naires, des compagnons de celie louange à Dieu. Ce qui est nouveau dans I&#8217;atti¬tude de François, c&#8217;est qu&#8217;il n&#8217;a pas considéré les créatures comme des instruments, des objets qui seraient au service de I&#8217;homme, soumis à sa volonté et doni il pourrait disposer à sa guise. Elles sont des sujeis et des partenaires dans le sens qu&#8217;elles aussi sont destinées à la gioire de Dieu.<br />
L&#8217;homme prétre de la louange<br />
Et là aussi, en réfléchissant sur saint François, nous découvrons quelque chose qui n&#8217;est pas seulement de I&#8217;érudition, même théologique, mais quelque chose de vital pour notre foi chrétienne d&#8217;aujourd&#8217;hui : c&#8217;est la vocation foncière de I&#8217;homme d&#8217;être louange à la gioire de Dieu. Nous connaissons plusieurs défini¬tions de I&#8217;homme : animal raisonnable, ainsi que la récente définition philoso¬phique de Heidegger : « L&#8217;homme est un être pour la mori ». Mais pour la Bibie, et en particulier pour saint Paul, I&#8217;homme est « louange de la gioire de Dieu ». La vocation, plus que la nature, détermine et explique I&#8217;homme, et notre vocation est d&#8217;être louange de la gioire de Dieu.<br />
Que signifie « louange de la gioire de Dieu » ? Ce n&#8217;est pas une simple répéti¬tion. Louange de la gioire de Dieu veni dire que Dieu est glorieux. II y a une gioire de Dieu qui existe indépendamment de nous. Le ciel et la terre sont pleins de la gioire de Dieu. Dieu est gioire. On peni dire que la gioire de Dieu peni se toucher. Lorsque Moïse a vu la gioire de Dieu, il a dú se couvrir les yeux, parce que la gioi¬re de Dieu est Dieu lui-méme, Dieu en tant qu&#8217;être lumineux, qu&#8217;être rayonnant. Mais celie gioire de Dieu a besoin de quelqu&#8217;un qui la proclame, de quelqu&#8217;un qui en rende compie et s&#8217;y soumette. C&#8217;est cela, la louange de la gioire. C&#8217;est la prise de conscience par la créature rationnelle et libre que Dieu est glorieux ; c&#8217;est la reconnaissance et la proclamation de celie vérité. Salan, le démon, est tombé à cause de cela. II savait très bien que Dieu est glorieux, qu&#8217;il est Dieu, mais il n&#8217;a pas voulu rendre gioire à Dieu, il n&#8217;a pas voulu exister grâce à quelqu&#8217;un d&#8217;autre. II est le « Père » de ce qu&#8217;on appelle aujourd&#8217;hui (&#8216;autonomie absolue de I&#8217;hom¬me : le désir d&#8217;exister sans devoir dire merci à quiconque de sa propre existence.<br />
Aussi les créatures ont-elles besoin de I&#8217;homme, parce qu&#8217;elles ont été créées pour la gioire de Dieu. Mais par elles-mêmes elles ne peuvent pas être louange de celie gioire parce qu&#8217;elles n&#8217;ont pas de conscience. Alors elles atten¬<br />
dent de I&#8217;homme qu&#8217;il remplisse pour elles celie fonction, c&#8217;est-à-dire que lui, I&#8217;homme, rende gioire à Dieu à cause d&#8217;elles. Dès lors, les créatures prennent leur signification, deviennent nobles, trouvent leur raison d&#8217;être et peuvent disparaître tranquillement parce qu&#8217;elles ont rempli leur mission qui est de rendre gioire au Créateur. On pourrait dire que I&#8217;homme devrait être la sage-femme qui fati naître la gioire doni la création est grosse ; comme lorsqu&#8217;une femme attend un enfant, tonte la création est enceinte de celie gioire, et il lui faut des mains de sage-fem¬me pour I&#8217;accoucher. Lorsque I&#8217;homme, le phénomène humain apparaît dans I&#8217;univers, c&#8217;est le moment où quelqu&#8217;un proclame : « Gioire à Dieu au plus haut des cieux », et la signifićation de I&#8217;unìvers, là, s&#8217;exprime.<br />
Saint Paul, dans I&#8217;épître aux Romains (8,20) &#8211; et c&#8217;est pour moi un texte essentiel pour comprendre I&#8217;esprit et la nouveauté de saint François &#8211; nous dit que « la création tout entière a été soumise à la vanité, au néant, non de son plein<br />
gré, mais à cause de quelqu&#8217;un, (à cause de I&#8217;homme qui I&#8217;a réduite au néant et lui a ôté sa signification). Elle attend d&#8217;être délivrée de 1&#8242;esclavage de la corruption pour prendre part à la liberté de la gioire des fils de Dieu ». C&#8217;est un texte fonda¬mental, essentiel, un texte rare et précieux pour la théologie de la création. La création a été soumise à la vanité, au néant à cause du péché de I&#8217;homme qui I&#8217;a entraînée dans ce mouvement d&#8217;éloignement de Dieu. Mais elle pleure, elle souffre, elle gémit, elle attend d&#8217;être libérée de sa vanité, de sa corruption pour prendre part à la liberté des fils de Dieu.<br />
Or chez saint François, on volt ce mouvement réalisé. II est I&#8217;homme nou¬veau, chez qui la création a été délivrée de la vanité, a pris son sens et a été entraînée dans ce mouvement de liberté et de gioire des fils de Dieu. II y a donc chez lui quelque chose de beaucoup plus profond qu&#8217;une démocratisation de la création doni parlati ce savant américain, Linn White. II y a une altitude doxolo¬gique, c&#8217;est-à-dire un mouvement qui essaie de transformer tonte la réalité en « gioire de Dieu ».<br />
Est-ce qu&#8217;alors nous devons concluye que I&#8217;écologie de saint François est quelque chose de tellement spirituel, de tellement en dehors de nos préoccupa¬tions actuelles qu&#8217;on ne peni le citer que comme une belle référence ?<br />
Saint Frangois et I&#8217;écologie<br />
Ce serait démentir I&#8217;esprit même de François que de dédaigner ou de dépré¬cier les efforts de savants, de politiciens, d&#8217;institutions internationales qui s&#8217;occu¬pent aujourd&#8217;hui de la sauvegarde de la création. Parce que François est un hom¬<br />
me qui voyait vraiment le bien partout, qui était prêt à accepter et à remercier Dieu<br />
pour tout. Alors, s&#8217;il avait chanté aujourd&#8217;hui, on peut imaginer qu&#8217;il aurait ajouté une strophe à son Cantique : « Heureux et bénis soient ceux qui oeuvrent pour la préservation et la sauvegarde de soeur notre mère la Terre, pour la sauvegarde de soeur Eau ». François serait le premier à apprécier les efforts de I&#8217;écologie, même aux niveaux physique, scientifique et politique. Mon but n&#8217;est donc pas d&#8217;opposer I&#8217;écologie de François aux racines très profondes, très bibliques, très chrétiennes, à I&#8217;écologie d&#8217;aujourd&#8217;hui qui serait plutôt profane, laïque, et pour ainsi dire terre à terre. Non, il y a une collaboration possible, mais il faut tout de même préserver I&#8217;originalité de François, pour ne pas courir le risque de faire perdre à (&#8216;écologis¬me d&#8217;aujourd&#8217;hui une voix précieuse et essentielle.<br />
D&#8217;abord, que faut-il entendre par écologisme ? J&#8217;entends, moi, cette préoc¬cupation de la sauvegarde de la création, de mettre fin à I&#8217;épuisement des res¬sources et de stopper la pollution de notre planète. Mais, à partir de là, il y a deux types fondamentaux d&#8217;écologisme : un écologisme au fondement anthropolo¬gique, essentiellement centré sur I&#8217;homme, Bont I&#8217;homme est I&#8217;objet, la raison et I&#8217;intérêt ; et un autre écologisme dont le fondement est théologique, référé à Dieu, et Bont la caractéristique est doxologique, tournée vers la louange.<br />
Dans le premier cas, la préoccupation aujourd&#8217;hui n&#8217;est pas tellement en faveur de notre soeur Eau, elle vient de la peur un jour de manquer d&#8217;eau. En soi, cet écologisme à fondement anthropologique est très fragile et contradictoire, par¬ce que si I&#8217;on fonde la préoccupation de sauvegarder la création sur I&#8217;intérêt de I&#8217;homme, étant donné que les intérêts de I&#8217;homme sont très divers d&#8217;une classe à I&#8217;autre, d&#8217;un pays à I&#8217;autre, d&#8217;un hémisphère à I&#8217;autre, il sera évidemment très dif¬ficile de réaliser quelque chose de concret et de valable. On le volt bien au fajt que les pays du tiers-monde n&#8217;aiment pas beaucoup notre écologisme : « C&#8217;est un écologisme dans votre intérêt, nous disent-ils. Vous avez déjà fant gaspillé, ruiné la création, et maintenant vous voulez imposer partout un écologisme qui nous empêcherait d&#8217;accéder un jour au même confort, aux mêmes biens que vous, par ex. de nous procurer un réfrigérateur sous prétexte que le gaz qu&#8217;il contient attaque la couche d&#8217;ozone ! » Avouons qu&#8217;ils n&#8217;ont pas tort.<br />
II y a par contre un autre écologisme, théologique et doxologique, où ce n&#8217;est pas I&#8217;homme qui est la raison dernière, mais Dieu. En fant que créateur, il ne nous a pas réellement délégué le domaine de la création, ne nous a pas investis d&#8217;un droit d&#8217;y faine des déprédations et de la détruire. II est faux de se référer à Genèse 1,28 : K Remplissez la terre et dominez-la u, car il y a aussi une autre version de la création où il est dit que Dieu plaça I&#8217;homme dans le jardin d&#8217;Eden « pour qu&#8217;il le cultive et le Barde H (Gen. 2,15). Donc, la vision biblique et théologique est quelque chose qui assure la sauvegarde de la nature. Dominer, c&#8217;est se servir de, sans allen jusqu&#8217;à en disposer à son gré.<br />
Cet écologisme théologique peut être un apport très précìeux, parce que cet¬te vision de foi peut nous amener à une conversion profonde à I&#8217;égard de la vie et à I&#8217;égard de Dieu ; sinon I&#8217;égdisme humain sera toujours le plus fort. « A moins d&#8217;un changement du cceur de I&#8217;homme, I&#8217;écologie n&#8217;a pas beaucoup de chances de réussir », disait à Bâle, en 1989, le métropolite Cyril.</p>
<p>POLIR CONCLURE</p>
<p>Terminons par deux suggestions d&#8217;applications pratiques, pour tâcher de conjuguen ce discours sur I&#8217;écologie de saint François avec notre vie quotidienne. Tout en signalant auparavant deux dangers très concrets que court I&#8217;écologie. Le premier, c&#8217;est de s&#8217;arrêter aux mots, aux compte-rendus, à I&#8217;évocation des pro¬blèmes, et de ne pas passer aux réalisations concrètes. Et là, François devrait nous aider, can il est I&#8217;homme qui n&#8217;aime pas I&#8217;idéologie, mais I&#8217;homme du passa¬ge à Pacte. Et I&#8217;autre danger, c&#8217;est d&#8217;attendre toujours des autres qu&#8217;eux se pré¬occupent d&#8217;écologie, sous prétexte par exemple qu&#8217;il y a des spécialistes pour s&#8217;occuper de ça ! Alors que I&#8217;écologie est (&#8216;affaire de tous.<br />
Pour un usage sobre<br />
Les deux applications pratiques sont les suivantes. La première est que François nous apprend I&#8217;usage sobre, modéré, voire même pauvre des choses. II nous invite à revenir à un style de vie simple où I&#8217;on sait jour des choses sans en abusen et sans les accumuler. Et nous savons que nous avons besoin de cette leçon aujourd&#8217;hui, nous tout particulièrement dans les pays de I&#8217;hémisphère riehe, qui sommes en train de remplacen continuellement nos biens, de les renou¬veler à Tenui, par exemple nos habillements, nos voitures, nos ordinateurs, et tous nos appareils électroniques. Dans les entreprises aujourd&#8217;hui, cela devient sou¬vent démentiel ! François disait un jour à ses frères : « Je n&#8217;ai jamais été voleur d&#8217;aumônes ». II voulait dire qu&#8217;à ses yeux, recevoir des aumônes au-delà du nécessaire, c&#8217;était les voler à d&#8217;autres pauvres. Or ce principe pourrait s&#8217;appli¬quer à nous-mêmes, en nous disant : « Je n&#8217;ai été voleur d&#8217;aucun papier, d&#8217;aucun fruit, d&#8217;aucune eau ». Car tout ce dont nous usons au-delà de ce qui nous est nécessaire, nous le volons à d&#8217;autres maintenant, ou à ceux qui viendront après nous, à la génération future. C&#8217;est donc une certaine sobriété, une certaine pau¬vreté qui est la première leçon de François.<br />
Contemplen sans accaparer<br />
La deuxième application pratique se résume dans le mot « contemplation ». II faut découvrir et estimen cette forme particulière de possession qu&#8217;est la contem¬plation, qui est une façon de posséder les choses sans les avoir pour soi, de les<br />
posséder d&#8217;une façon plus profonde, avec I&#8217;âme et non avec le corps. C&#8217;est mettre en pratique le mot de saint Paul qui définissait les apôtres Gomme étant des personnes « qui ne possèdent riera et qui ont tout ~. Eh bien, la contemplation fait ce miracle : elle nous permet de posséder les choses sans les accaparer pour nous, sans les enlever aux autres. Ordinairement, lorsqu&#8217;un homme a la propriété juridique d&#8217;une chose, par exemple d&#8217;un parc, d&#8217;un lac, cela lui appartient à lui seul et les autres en sont exclus. Mais dans la contemplation, mille hommes peu¬vent jouir d&#8217;un Iac, d&#8217;un parc ou d&#8217;autres choses sans les enlever aux autres. C&#8217;est pourquoi il faut redécouvrir la beauté de la contemplation ; elle n&#8217;est pas proposée uniquement pour un plaisir esthétique &#8211; quoique cela aussì soit néces¬saire à I&#8217;homme &#8211; mais également pour une préoccupation spirituelle, parce que la contemplation de la création, dont François nous a donné un modèle si char¬mant, est quelque chose qui nous transforme Gomme hommes, qui nous construit intérieurement, qui nous rapproche de Dieu, parce que la contemplation de Dieu à travers les créatures nous élève, Gomme elle élevait François qui ne pouvait ríen voir sans se sentir poussé vers Dieu.<br />
On dit dans la Genèse qu&#8217;après I&#8217;oeuvre de la création, le septième jour, Dieu se reposa et contempla ses Oeuvres. Et il vit que sa création était très bonne. Ain¬si, après six jours de travail, nous aussì, après avoir collaboré avec Dieu dans la création, dans la conservation du monde, nous devons redécouvrir la beauté, la nécessité de ce septième jour qui, pour nous, est le dimanche, le jour de la nou¬velle création et de la résurrection du Christ. Nous devons, durant ce jour, nous reposer, contempler la création de Dieu, la cultiver dans notre esprit, nous en émerveiller et la trouver très bonne.</p>
<p>« Le dernier mandat du Verbe fait chair à ses apôtres au jour de son Ascension est d&#8217;alter et de prêcher 1&#8242;Evangile à toutes les créatures, non pas<br />
aux hommes seulement, vous entendez ? mais à toutes les créatures, de nommer Dieu devant elles et de leur apprendre ce qu&#8217;elles veulent dire. »<br />
Paul CLAUDEL<br />
(Conversations dans le Loir-et-Cher, p. 257)</p>
<p>INVITATION A LA LOUANGE DE DIEU </p>
<p>Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu Tout-Puissant,<br />
Celui qui est, qui était et qui reviendra.<br />
- Louange et gloire à jamais !<br />
Tu es digne, Seigneur, notre Dieu,<br />
de recevoir honneur, louange et gloire, et d&#8217;être proclamé béni.<br />
- Louange et gloire à jamais ! Digne est 1&#8242;Agneau qui a été immolé d&#8217;être appelé Dieu fort, sage et puissant, de recevoir honneur et gloire et d&#8217;être proclamé béni. &#8211; Louange et gloire à jamais !<br />
Bénissons le Père et le Fils, avec le Saint Esprit. &#8211; Louange et gloire à jamais !<br />
Bénissez le Seigneur, vous toutes les c~uvres du Seigneur, &#8211; Louange et gloire à jamais !<br />
Chantez les louanges de Dieu, vous tous ses serviteurs, et vous qui craignez Dieu, petits et grands.<br />
- Louange et gloire à jamais Qu&#8217;ll sofft loué, notre Dieu glorieux, par le ciel et par la terre,<br />
par toute créature qui est au ciel, sur la terre et sous la terre, et par la mer et tout ce quelle renferme.<br />
- Louange et gloire à jamais !<br />
Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit. &#8211; Louange et gloire à jamais !<br />
Comme il était au commencement, maintenant et toujours, dans les siècles des siècles. Amen.<br />
- Louange et gloire à jamais</p>
<p>SAINT FRANÇOIS d&#8217;ASSISE</p>
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